L'évadé de Wan Chai ***

Publié le 17 Septembre 2012

Evadé de Wan Chai ian hamiltonDe Ian Hamilton

aux éditions 10/18

 

 

Ava Lee est une juricomptable sino-canadienne d'une nature très spéciale. Experte en fraudes financières, associée à une agence de recouvrement de dettes tenue par un « oncle »énigmatique baséà Hong Kong, elle est chargée de traquer les escrocs du banditisme économique. Ses méthodes sont celles d'un privé pas vraiment orthodoxe, agrémentées de Pak Mei, une boxe taoïste extrêmement efficace. Lancée sur les talons d'un extorqueur de fonds évadé du quartier des affaires de Wan Chai, sa piste la mène de Bangkok aux Îles Vierges britanniques, en passant par le Guyana, ou elle devra se mesurer à un vieux capitaine de la dictature sud-américaine.

 

 

Voici un ouvrage plutôt alléchant au départ, qui s'est finalement avéré plutôt décevant. La perspective d'un policier dans le milieu des affaires, se déroulant entre autres à Hong Kong et au Guyana avait pourtant vraiment quelque chose d'intrigant à mes yeux.

 

A vrai dire, cet ouvrage ne semble pas avoir été écrit pour être lu, mais bel et bien destiné à une adaptation sur grand écran.  Dans cette perspective, tout y est : l'héroïne belle et impassible, intelligente, experte en recouvrement d'argent volé, et, accessoirement, en arts martiaux, le tout dans un décor impliquant des hôtels de luxe et des bars branchés. La seule chose que l'on pourrait alors lui reprocher serait la rareté des scènes d'action.

 

Je souhaitais également souligner ce qui me semble être un manque de cohérence : le titre n'a rien à voir avec l'histoire. Il symbolise à lui seul le manque de relief de cet ouvrage car on y sent que, faute d'avoir trouvé quelque chose à quoi se raccrocher, le traducteur (ou l'éditeur) a créé un titre sans véritable lien avec le reste de l'histoire, ou du moins, sur un détail sans aucune importance. Après vérification, le titre d'origine, quant à lui, était déjà un peu mieux.

 

Le résultat est donc un livre très cérébral, qui plus est exempt de toute émotion. Une écriture propre et froide, qui ne laisse aucune place aux sentiments, à l'image de son héroïne parfaite et glaciale. Si l'on suit tout de même sans réel déplaisir les aventures d'Ava, c'est que le récit se lit bien, mais comme le style impersonnel n'est jamais compensé par un surplus d'intérêt pour l'histoire elle-même, le lecteur finit par sombrer dans une indifférence d'autant plus dommageable que l'ensemble n'est pas mauvais à proprement parler.

 

 

Lu dans le cadre du
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Il était presque 16 heures quand Ava s'arrêta devant son immeuble. Elle lança ses clefs de voiture au concierge et monta à son appartement, serrant sous son bras l'enveloppe kraft toujours cachetée.

Elle ouvrit un sachet de bonbons acidulés, se prépara un café puis s'assit à la table de la cuisine. Elle laissa alors ses pensées vagabonder. Cela faisait longtemps qu'elle n'avait pas évoqué - ni pour elle-même, ni encore moins pour quelqu'un d'autre - la façon dont l'oncle et elle s'étaient rencontrés et avaient bâti leur affaire. Elle avait dit la vérité à Alice, mais les grandes lignes uniquement. Elle se rendait compte à présent que la débutante naïve d'autrefois avait cédé la place à une toute autre Ava, chevronnée et aguerrie.

Au départ, c'était dans la partie financière que s'exprimait le mieux son talent. Grâce à sa formation, à son imagination et à sa curiosité naturelle, elle parvenait à pister l'argent jusqu'à des endroits où les escrocs le croyaient inaccessible. Elle s'était d'abord focalisée sur cette étape. Puis, peu à peu, elle s'était lancée dans le travail de récupération. Elle se chargeait d'attendrir les cibles : elle avait un don pour faire parler les gens, surtout les hommes qui ne voyaient en elle qu'une jeune créature exotique, polie et douce, parfaitement inoffensive. Quand ils s'apercevaient de leur erreur, il était généralement trop tard.

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