L'arbre de l'oubli ****

Publié le 24 Août 2012

arbre-de-l'oubli alexandra fullerD'Alexandra Fuller 

aux éditions des deux terres

 

Née sur l’île écossaise de Skye, la mère d’Alexandra Fuller, mieux connue sous le nom de « Nicola Fuller d’Afrique centrale », a grandi au Kenya dans les années cinquante, avant d’épouser un Anglais fringant. Ils s’installent dans leur propre ferme, d’abord au Kenya puis en Rhodésie -l’actuel Zimbabwe- où l’auteur, Bobo, et sa sœur ont grandi, avant d’atterrir en Zambie. Nicola, à la fois drôle, originale et spontanée, reste inébranlable dans le maintien de ses valeurs familiales, la fierté de son sang écossais, et sa passion pour la terre et les animaux. Le parcours de la famille Fuller, déterminée à rester en Afrique malgré la guerre civile, est fait de survie, de folie, de loyauté et de pardon. Elle trouvera la sérénité sous son « arbre de l’oubli ».

 

 

Voilà une histoire, pas toujours très gaie, mais dont le style souvent léger adopte parfois le ton d'un roman d'aventures: celles d'une famille d'africains blancs. Si le personnage principal de cette oeuvre est "Nicola Fuller d'Afrique centrale", la mère de l'auteur, mère volontiers romanesque et fantasque, rien n'est occulté des guerres civiles, des drames de cette famille d'origine écossaise qui vit en Afrique depuis si longtemps que cette terre semble couler dans ces veines bien plus qu'aucune autre. 

 

Les aspects coloniaux, raciaux et politiques sont immanquablement évoqués à travers le destin de cette famille, et l'on pourrait reprocher à l'auteur de mettre en avant surtout le point de vue des blancs. Néanmoins, plus que du racisme, on constate de l'incompréhension, une certaine peur, et par dessus tout prédomine l'indignation : cette famille, qui fait fructifier les terres à la sueur de son front, et qui vit simplement, faute de moyens suffisants, ne comprend pas les revendications politiques des opposants aux blancs. Sans être fondamentalement racistes, ils estiment simplement que leur travail acharné légitime leur présence sur ces terres.

 

Afin de contrebalancer ce point de vue dominant, c'est l'auteur, avec le vécu de la génération post-indépendance qui se charge de remettre les choses à leur place. Ni amertume, ni revendication, ni jugement à l'emporte-pièce de l'attitude des uns ou des autres dans son propos, mais plutôt le recul de ceux qui savent que leur histoire récente est douloureuse, mais qu'on ne peut juger qu'en replaçant les choses dans leur contexte, et sans animosité.

 

Une nuance bienvenue, un style enlevé au service de personnages peu banals font de ce livre un roman à la fois drôle et sérieux, relatant une histoire d'abord familiale, forcément mêlée à la grande Histoire. Une très belle déclaration d'amour filial, et une passion dévorante pour cette terre africaine si rude qui semble pourtant s'approprier tous ceux qui la foulent.

 

 

Lu dans le cadre du

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Papa remplit la fiche de l'hôtel sans ses ronchonnements habituels ("Bon sang, qu'est ce que vous comptez faire, tuer tous les arbres jusqu'au dernier avec cette putain de paperasse?") Au lieu de cela, dans la case indiquant "veuillez signaler vos allergies" il provoca l'hilarité en écrivant "LES FEMMES ET L'ALCOOL". Ensuite, quand il accueillit les anciennes élèves à la réception, il se montra si chaleureux et courtois que plusieurs battirent en retraite entre les plantes en pot, leurs chapeaux et leurs bananes de travers.

"On fait la fête?" proposa Papa, tendant un verre d'alcool poisseux à Tante Glug.

Elle se cala contre un présentoir de bibelots en bois et parut commencer à se poser des questions sur le bien-fondé de la réunion.

Pendant ce temps, maman applaudissait les danseurs et bougeait les hanches en cadence.

"Asante sana! Merci beaucoup! cria-t-elle. Et quelles belles voix, quels sourires charmants vous avez tous ! "

Les danseurs traditionnels s'attroupèrent au soleil sous les acclamations de ma mère. En fait, elle semblait prête à se joindre à eux d'une façon plus ou moins permanente.

"Très bien, intervint Papa, sentant que la situation menaçait de dégénérer, ça suffit à présent, Tub".

Et désireux de prouver que près de quarante ans de mariage n'avaient nullement entamé sa galanterie, il heurta d'un geste malencontreux la tête de ma mère en lui ouvrant la porte du hall de réception qui donnait sur le jardin. Maman alla valser dans les balisiers, en se plaquant la main sur l'oeil.

Tante Glug examina son verre d'alcool poisseux.

"Je me demande si ça se marie bien avec le Prozac?" dit-elle.

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safari zambie 24/09/2012 15:13

ce roman semble bien noir, mais attirant

akialam 24/09/2012 15:25



Il est effectivement assez curieux dans sa manière de raconter les évènements. Cela étant, j'ai vu sur d'autres blogs qu'il avait été parfois interprété de façon complètement différente!