Joseph Anton

Publié le 1 Mars 2013

joseph-anton-salman-rushdieDe Salman Rushdie,

aux éditions Plon

 

Le 14 février 1989, le jour de la Saint Valentin, Salman Rushdie reçut un coup de téléphone d’un journaliste de la BBC : il avait été « condamné à mort » par l’Ayatollah Khomeiny. C’était la première fois qu’il entendait le mot « fatwa ». Son crime ? Avoir écrit Les Versets sataniques, un roman accusé d’être « contre l’Islam, le Prophète et le Coran ».


Ainsi commence l’extraordinaire histoire d’un écrivain obligé de devenir un clandestin, changeant sans cesse de domicile, sous la protection permanente d’une équipe de protection policière armée. Quand on lui demande de se choisir un pseudonyme à destination de la police, il songe aux écrivains qu’il aime et essaie des combinaisons de leurs noms ; puis l’idée lui vient : Conrad et Tchekov – Joseph Anton.
 

 

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Permettez-moi pour une fois, de ne pas noter cet ouvrage, pour la simple et bonne raison que je n’ai pu en venir à bout et que je ne peux honnêtement en donner une vue d’ensemble.

 

Je l’avoue, j’ai pourtant été très heureuse de recevoir cet ouvrage de prime abord, puisqu’il s’agit d’une autobiographie de Salman Rushdie, auteur des Versets Sataniques. Ce roman lui a valu d’être l’objet d’une fatwa et très sérieusement menacé de mort. Il a dont été placé sous protection policière. Alors qu’il vivait dans la clandestinité, des traducteurs de l’ouvrage en question ont été assassinés, ses éditeurs menacés un peu partout dans le monde, et des bombes ont éclaté dans des librairies proposant l’ouvrage à la vente.

 

Je m’étais déjà penché sur les Versets Sataniques il y a quelques années, justement lorsque j’avais entendu parler de ces évènements. Désirant me faire une opinion personnelle sur le contenu de cet ouvrage, j’avais donc entrepris de le lire. A vrai dire, j’y ai bien vu des éléments qui pouvaient heurter les croyances de certaines personnes, mais pour le reste, je l’ai trouvé obscur et dépourvu d’intérêt, sans doute principalement car je manquais des clés culturelles pour le comprendre. J’ai eu l’impression que c’était essentiellement tout le bruit qui a été fait autour, et le fait qu’il devienne le symbole d’un certain combat politico-religieux qui en faisait la valeur.

 

Malgré l’intérêt que j’ai pu manifester, cette autobiographie m’a profondément ennuyée. L’analyse des processus en marche au cours de cette période de douloureuse clandestinité et la réflexion quasi philosophique que je m’attendais à y trouver n’apparaît que noyée au milieu d’un récit qui n’a selon moi pas d’autre intérêt que celui, thérapeutique, que l’auteur a pu y trouver. Interminable, j’ai jeté l’éponge à la 414e page, à encore 300 pages de la fin et après avoir lutté pour poursuivre une lecture que j’espérais mener à bout pour le prix Elle. Las, je n’y ai plus tenu, et, pour la première fois depuis au moins dix ans, j’ai abandonné cet ouvrage.

 

Encore une fois, mon jugement n’a qu’une valeur d’avis personnel, et je ne souhaiterais pour rien au monde imposer à d’autres mon point de vue sur cet ouvrage. J’ai peine à croire qu’un écrivain qui a reçu tant de prix soit totalement dépourvu d’intérêt. A mes yeux pourtant, son ouvrage l’est, au point que, même poussée par un certain sens du devoir, je n’ai pu l’achever.

 

Lu dans le cadre du
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La première fois qu'il fut accusé d'attaquer l'islam, il fut simplement perplexe. Il pensait qu'il s'était engagé dans une approche artistique du phénomène de la révélation, une approche du point de vue d'un incroyant, certes, mais néanmoins correcte. En quoi cela était-il agressif ? Les années de polémique et de violences politiques qui suivirent lui fournirent, à lui et aux autres, la réponse à cette question.

De toutes façons, son prophète ne s'appelait pas Mahomet, vivait dans une ville qui n'était pas appelée la Mecque, et avait fondé une religion qui ne s'appelait pas (ou pas tout à fait) l'islam. Et il n'apparaissait que dans les rêves d'un homme rendu fou par la perte de la foi. Ces nombreuses prises de distance indiquaient clairement dans l'esprit de leur créateur la nature fictive de dissimulation. "Ils se cachent, disaient-ils, derrière sa fiction." Comme si la fiction était une tenture ou une tapisserie à travers laquelle un homme pouvait se faire poignarder comme Polonius si jamais il lui prenait l'idée stupide de se cacher derrière un écran aussi mince.

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Jostein 12/04/2013 07:30

J'ai eu la même approche : une grande joie quand j'ai reçu le livre et un ennui profond en le lisant.

akialam 12/04/2013 07:41



Comme quoi !


Quand on pense à ce que cette expérience si douloureuse et particulière aurait pu donner ! c'est presque frustrant de voir le résultat...



Nadael 11/03/2013 16:27

Il m'est tombé des mains aussi...

akialam 12/03/2013 10:24



Je suis rassurée, alors, de n'être pas la seule :)