Elle s'appelait Sarah ****

Publié le 16 Janvier 2012

elle-s-appelait-sarah-tatiana de rosnayDe Tatiana de Rosnay

 

 

 

Paris, juillet 1942 : Sarah, une fillette de dix ans qui porte l’étoile jaune, est arrêtée avec ses parents par la police française, au milieu de la nuit. Paniquée, elle met son petit frère à l’abri en lui promettant de revenir le libérer dès que possible. Paris, mai 2002 : Julia Jarmond, une journaliste américaine mariée à un Français, doit couvrir la commémoration de la rafle du Vél d’Hiv. Soixante ans après, son chemin va croiser celui de Sarah, et sa vie changer à jamais.  

 

 

 

 

 

Un livre sur une période douloureuse et complexe de l'histoire française:  la rafle du Vel d'Hiv. En tant que française, je suis sans doute plus sensible à un certain nombre de critiques sur ce point, mais il y a deux choses qui ont tendance à m'agacer lorsqu'on traite un sujet semblable : 

La repentance, tout d'abord : demander pardon est nécessaire pour que les victimes et les descendants des victimes (le cas échéant) se sentent considérés et puissent se reconstruire. Se souvenir de ce qui s'est passé et transmettre cette histoire, même douloureuse, est important, et c'est ce qu'on appelle le devoir de mémoire. En revanche, la culpabilisation des français d'aujourd'hui au nom de ce qu'ont fait leurs aïeux est superflue, à mon sens.

Le jugement  "à postériori" des gens ordinaires de l'époque. Je trouve toujours assez prétentieux de juger des réactions de personnes en temps de guerre (et d'occupation) à travers le prisme de valeurs que l'on estime aujourd'hui universelles, et en temps de paix. Je ne parle pas des grands criminels, entendons-nous bien, mais des citoyens ordinaires, qui par peur pour leur propre vie ou celle de leur famille, ont laissé faire. Je ne dis pas qu'il ont bien fait, je pense simplement qu'il est trop facile de les juger aujourd'hui, en temps de paix, à l'abri de toute menace physique directe,et maintenant que l'on connaît la réalité des camps (ce qui n'était pas le cas à l'époque). On ne peut jamais savoir ce que l'on aurait fait, à leur place.

 

Tout cela pour en arriver l'ouvrage dont il est question. Poignant, il retrace l'histoire d'une petite fille du Vel'dHiv et, en parallèle, l'histoire de la journaliste américaine qui enquête de nos jours, sur cet évènement historique. Ce recul de la journaliste étrangère sur le sujet génère une incompréhension de sa part. Pourquoi donc les français ignorent tout de cette histoire, et pire, semblent indifférents ?

 

Je l'avoue, j'ai frôlé l'agacement lorsque cette journaliste exprime des jugements sur ce qui s'est passé (d'où ma mise au point du départ), confondant parfois, à mon sens, devoir de mémoire et repentance, et jugeant "à postériori". Agacement d'autant plus grand qu'il venait d'une journaliste américaine, car l'histoire du peuple américain possède également ses propres drames.  

 

Cependant, il est vrai que de nombreux français ignorent tout de ce fait et/ou s'en désintéressent, mais ainsi en est-il de de l'histoire en général, qu'il s'agisse de la leur ou celle des autres. Le regard de cette journaliste transforme parfois ce désintérêt général en une sorte de honte ou de volonté d'oubli, mais je n'en suis pas convaincue à titre personnel.

 

Vous en viendriez presque à croire, chers lecteurs, que j'ai détesté cet ouvrage. Or, il n'en est rien : malgré tout, je me suis attachée à cette journaliste et on admire son acharnement à découvrir la vérité, aussi terrible et destructrice soit-elle. L'écriture est fluide et le récit de la petite fille est poignant, elle qui avec ses yeux d'enfants ne comprend pas pourquoi on s'en prend à elle et à sa famille. Ce regard plein d'innocence et d'incompréhension rend encore plus terrible et abominable ce qui l'est déjà naturellement. Les adultes savent que la haine existe et finissent presque par se résigner, l'enfant est d'autant plus perdue qu'elle ignore la haine et ne peut donc même pas trouver d'explication à ce qui se passe. Toujours revient le mot "Pourquoi ?". Ce qui rend sa lutte pour survivre encore plus grande, c'est qu'elle ne lutte pas pour elle-même et avec l'obstination qu'ont parfois les enfants lorsqu'ils ont fait une promesse, elle lutte pour ce petit frère caché qu'elle a promis de venir rechercher lorsque tout serait fini.

 

Un livre plein de compassion, qui parle autant du poids de l'histoire, des traumatismes, que des secrets de famille. Très bel ouvrage qui ne parle pas seulement d'un fait et de chiffres mais s'attache à retracer la drame des individus à travers le destin tragique de cette petite fille.

 

 

Deuxième ouvrage

challenge petit bac 2012

dans la catégorie PRENOM

"Ouvrez! Police!"

La Police avait-elle trouvé Papa dans la cave ? Etait-ce pour ça qu'ils étaient là, pour emmener Papa dans ces endroits dont il parlait quand il murmurait dans la nuit, ces "camps" qui se trouvaient quelque part en dehors de la ville ?

La petite se hâta à pas de loup vers la chambre de sa mère, à l'autre bout du couloir. Quand elle sentit la main de sa fille se poser sur son épaule, celle-ci se réveilla dans l'instant.

"C'est la Police, Maman, murmura la fillette, ils donnent de grands coups dans la porte."

La mère glissa ses jambes de sous les draps et dégagea les cheveux qui lui pendaient devant les yeux. la fillette trouve qu'elle avait l'air fatiguée et vieille, bien plus vieille que ses trente ans.

"Est-ce qu'ils sont venus pour prendre Papa? implora-t-elle en s'agrippant au bras de sa mère, est-ce qu'ils sont là pour lui ?"

La mère ne répondit pas. A nouveau, les voix puissantes leur parvinrent depuis le palier. La mère enfila rapidement une robe de chambre, puis elle prit sa fille par la main et se dirigea vers la porte. Sa main était chaude et moite. Comme celle d'un enfant, pensa la fillette.

"Oui?" dit timidement la mère derrière le loquet.

Une voix d'homme cria son nom.

"Oui, monsieur, c'est bien moi", répondit-elle.

Son accent était soudain revenu, fort et presque dur.

"Ouvrez immédiatement. Police."

La mère porta la main à sa gorge. La fillette remarqua combien elle était pâle. Elle semblait vidée, glacée, incapable de bouger. La fillette n'avait jamais lu autant de peur sur le visage de sa mère. Elle sentit alors l'angoisse lui dessécher la bouche.

Les hommes frappèrent une dernière fois. La mère ouvrit la porte d'une main tremblante et maladroite. La fillette tressaillit, s'attendant à voir des uniformes vert-de-gris.

Deux hommes se tenaient sur le seuil. Un policier, avec sa cape bleue marine qui lui tombait sous le genou et son grand képi, et un homme vêtu d'un imperméable beige, qui tenait une liste à la main. Celui-ci répéta le nom de sa mère. Puis celui de son père. Il parlait un français parfait. C'est que nous n'avons rien à craindre, pensa la fillette. S'ils sont Français et pas Allemands, nous ne sommes pas en danger. Des Français ne nous feront pas de mal.

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FT 01/03/2012 19:15

Bonjour Akialam! A la suite de mon précédent commentaire, je voudrais ici rajouter les noms des trois français qui cette année ont été honorés en tant que Justes des Nations par le centre Yad
Vashem en Israël, en date du 28 février 2012. Il s'agit du Père Joseph CAUPERT, de le Mère Supérieure Marie-Rose BRUGERON et de Marie-Rose HERMANTIER (Soeur Marie-Emilienne), cette dernière étant
la seule encore vivante qui, a 90 ans et encore en pleine forme a fait le voyage en Israël! Ce n'est pas ici le lieu pour raconter leur histoire très émouvante, mais je voudrais simplement ajouter
qu'il s'agit d'enfants juifs cachés à l'orphelinat du Monastère "La Providence" à Mende en Lozère, et dont les parents avaient été déportés à Aushwitz. Ces enfants après le guerre ont rejoint
Israël, et ont récemment retrouvé la trace, après un long parcours, de ceux à qui ils doivent la vie. Bonne journée Akialam.

akialam 02/03/2012 07:31



c'est vraiment une très belle histoire :)



Valérie 16/02/2012 15:06

Je n'ai pas aimé Rose du même auteur. Je pense donc que je ne lirai pas celui-ci.

akialam 16/02/2012 15:14



Je n'ai pas lu Rose, du coup, je ne peux pas faire la comparaison avec celui-ci...



Joelle 13/02/2012 18:55

Je compte bien le lire un jour mais j'ai d'autres titres de cette auteure qui m'attendent avant !

akialam 16/02/2012 08:06



Je n'en ai lu aucun de cet auteur, pour ma part, mais je sens que je vais m'y mettre !



FT 30/01/2012 12:12

Bonjour Akialam! La lecture de ce livre m'a aussi beaucoup ému, et pourtant j'ai énormément étudié et lu sur cette période tragique qui me touche profondément. Je suis effectivement d'accord avec
toi sur l'aspect moralisateur et donneur de leçon qui me parait toujours déplacé 60 ans après pour ce qui concerne la douloureuse période de l'Occupation et du drame de la déportation. S'il est
vrai qu'il y a eu des comportements individuels et de l'Etat peu flatteurs dans un contexte historique bien particulier, il ne faut pas oublier que la France a été le pays d'Europe où- malgré la
pression de l'occupant, du vainqueur- il y a eu le plus de juifs qui ont pu échapper à la déportation. Il ne faut pas oublier le comportement héroïque de tant d'anonymes qui ont protégé des juifs-
des enfants en particulier- le plus souvent au péril de leur vie. Tous ces Justes anonymes que l'Etat d'Israël honorent chaque année et qui ont été très nombreux en France. Il faut s'en souvenir en
se demander ce que nous aurions fait à leur place? La chanteuse Barbara a été cachée durant l'Occupation dans une ferme (sa chanson " mon Enfance" me font toujours monter les larmes aux yeux), et
un jour elle a rencontré, a la fin des années 60 la chanteuse Anne Sylvestre, dont le père a lui été membre influent du gouvernement Pétain, et qui a fait un long travail pour comprendre que les
enfants ne peuvent porter la responsabilité de ce qu'ont pu faire ceux de la génération précédente. Cette histoire de ces deux chanteuses que j'adore personnellement m'a beaucoup touché, j'aime
beaucoup Anne Sylvestre( pour ses fabulettes et surtout son répertoire"adulte"!). Je n'ai pas vu le film qui a été tiré du livre, mais la lecture m'a suffit je pense! Bonne semaine Akialam!

akialam 30/01/2012 13:28



Je n'ai pas vu le film non plus, et il est vrai qu'après le livre, je n'en n'ai plus vraiment envie, tant il se suffit à lui même. C'est vraiment un très beau livre.


C'est vrai que je n'ai pas évoque les Justes, et pourtant, il y en a dans le livre. On ne peut qu'admirer le courage de ces personnes, au péril de leur vie (et parfois au prix de leur vie).