Désolations ***

Publié le 22 Septembre 2011

desolations-david-vann-gallmeisterDe David Vann

aux éditions Gallmeister

 

Sur les rives d’un lac glaciaire au cœur de la péninsule de Kenai, en Alaska, Irene et Gary ont construit leur vie, élevé deux enfants aujourd’hui adultes. Mais après trente années d’une vie sans éclat, Gary est déterminé à bâtir sur un îlot désolé la cabane dont il a toujours rêvé. Irene se résout à l’accompagner en dépit des inexplicables maux de tête qui l’assaillent et ne lui laissent aucun répit. Entraînée malgré elle dans l’obsession de son mari, elle le voit peu à peu s’enliser dans ce projet démesuré. Leur fille Rhoda, tout à ses propres rêves de vie de famille, devient le témoin du face-à-face de ses parents, tandis que s’annonce un hiver précoce et violent qui rendra l’îlot encore plus inaccessible.

 

 

C'est à l'invitation des éditions Gallmeister que je me suis procuré cet ouvrage en vue d'une rencontre avec l'auteur, David Vann. La rencontre, très chaleureuse, comme d'ordinaire, était placée sous le signe de la bonne humeur, aux antipodes de l'univers sombre et glacé que David Vann semble affectionner dans ses romans. Etant de nature (un peu) paresseuse, je laisse Sébastien, un membre de la rédaction du globe-lecteur, vous raconter cette rencontre.

 

Quand à l'ouvrage en lui-même, il  a pour décor un lieu inhospitalier, rude, glacial, dont les paysages désolés font écho à la solitude des personnages. Fondamentalement pessimiste, ce roman aborde des sujets comme le couple, la famille, et les sacrifices que l'on peut être amené à faire pour les préserver au détriment de son bonheur et de ses ambitions individuelles. Quand le doute et l'amertume s'installent, ils rongent les personnages à l'image de la migraine qui vrille l'esprit d'Irene. Enfermés dans leur carcan, les protagonistes de cette histoire sont condamnés aux mêmes erreurs que leurs aînés, sans trouver la volonté ou le courage de s'enfuir sous des cieux plus cléments et se résignant tristement à leur sort.

 

Le récit est prenant, et le lecteur comme aspiré dans cette spirale infernale à la suite des personnages, faisant parfois siennes leurs interrogations. A déconseiller donc à toute personne déprimée ou en crise conjugale, tant cet ouvrage nous renvoie le miroir de sentiments noirs, forts et pourtant si simples, si banals qu'ils pourraient être ceux de tout un chacun.

Ma mère n'était pas réelle. Elle était un rêve ancien, un espoir. Elle était un lieu. Neigeux, comme ici, et froid. Une maison en bois sur une colline au-dessus d'une rivière. Une journée couverte, la vieille peinture blanche des bâtiments rendue étrangement brillante par la lumière emprisonnée, et je rentrais de l'école. J'avais dix ans, j'avançais seule, j'avançais à travers les amas de neige sale dans le jardin, j'avançais jusqu'à notre porche étroit. Je ne me souviens pas du cours exact de mes pensées en cet instant, je ne me rappelle pas qui j'étais ni ce que je ressentais. Tout cela a disparu, effacé. J'ai ouvert notre porte d'entrée et j'ai trouvé ma mère pendue aux chevrons. Je suis désolée, ai-je dit, puis j'ai reculé avant de refermer la porte. J'étais à nouveau dehors, sous le porche.

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