Dans le jardin de la bête ****

Publié le 22 Mars 2013

dans le jardin de la bête-erik LarsonD'Erik Larson

aux éditions du Cherche-Midi

 

1933. Berlin. William E. Dodd devient le premier ambassadeur américain en Allemagne nazie. Sa fille, la flamboyante Martha, est vite séduite par les leaders du parti nazi et leur volonté de redonner au pays un rôle de tout premier plan sur la scène mondiale. Elle devient ainsi la maîtresse de plusieurs d'entre eux, en particulier de Rudolf Diels, premier chef de la Gestapo, alors que son père, très vite alerté des premiers projets de persécutions envers les Juifs, essaie de prévenir le département d'État américain, qui fait la sourde oreille. Lorsque Martha tombe éperdument amoureuse de Boris Winogradov, un espion russe établi à Berlin, celui-ci ne tarde pas à la convaincre d'employer ses charmes et ses talents au profit de l'Union soviétique. Tous les protagonistes de l'histoire vont alors se livrer un jeu mortel, qui culminera lors de la fameuse « Nuit des longs couteaux ».

 

 

Regardez cette couverture un peu tape-à-l'oeil avec ce rouge et ce fragment de croix gammée tristement reconnaissable. A dire vrai, elle m'a valu quelques regards en coin dans le métro. Curiosité ou réprobation ? Je n'en saurais rien, mais dans le doute, j'ai fini par la cacher, de peur que certains ne confondent intérêt historique et adhésion. Oui, je suis sans doute un peu parano mais je crains par-dessus tout la bêtise humaine. Disons que je suis un peu pessimiste, parfois.

 

Mais l'on ne peut juger un ouvrage sur sa couverture, comme le disent si bien nos amis anglophones. Alors, le contenu ?

 

A vrai dire, si la forme gagnerait sans doute à être allégée, le point de vue est plutôt différent de ce que j'ai lu jusque là. Car l'histoire s'attache aux pas de l'ambassadeur américain et surtout de sa fille, la très séduisante Martha. Leur histoire se mêle à la grande histoire à mesure qu'ils assistent à la montée du national-socialisme en Allemagne.

 

Ouvrage au contenu parfois anecdotique, diront certains. A hauteur d'homme, plutôt, je répondrais. En effet, le récit est constellé de citations, de phrases réellement écrites par les protagonistes de sorte que l'on redécouvre une vérité que l'on a tendance à oublier: il est facile de juger l'histoire et les gens à postériori, beaucoup moins d'analyser ce qui se passe en temps réel. On le voit : il est toujours quelques rares hommes à anticiper certaines dérives et ce à quoi elles peuvent mener. C'est l'histoire qui leur donne ensuite raison ou tort, les transformant en alarmistes, ou en visionnaires. Dans le cas qui nous occupe, on constate avec étonnement que la plupart des gens ont été surpris par le courant de l'histoire.

 

On a beau se dire que ce genre de tragédies ne doit plus arriver, il faut se rendre à l'évidence : comment reconnaître les signes avant-coureurs et les processus qui mènent inéluctablement au drame ?

 

On pourrait reparler de l'importance d'apprendre et de comprendre l'Histoire, cette science inutile au quotidien mais qui sert, n'en déplaise à ceux qui voudraient en faire l'économie au profit de sciences plus exactes, à comprendre une partie du monde qui nous entoure. On pourrait...

 

 

 

Lu dans le cadre du
Capture d’écran 2012-06-09 à 19.08.55

 

 

Depuis l’accession d’Hitler au poste de chancelier en janvier, des citoyens américains avaient déjà été arrêtés et battus, mais pas d’une manière aussi brutale – cependant, des milliers d’Allemands avaient subi un traitement tout aussi cruel, voire infiniment pire. Pour Messersmith, c’était un nouvel indicateur de la réalité de la vie sous Hitler. Il comprenait que toute cette violence représentait davantage qu’un bref déchaînement de folie furieuse. Quelque chose de fondamental avait changé en Allemagne.
Lui s’en rendait compte, mais il était convaincu que rares étaient ceux qui, aux États-Unis, en faisaient autant. Il était de plus en plus perturbé par sa difficulté à persuader le monde de la véritable ampleur de la menace que représentait le nouveau chancelier. Il était absolument évident à ses yeux que Hitler était en train de préparer en secret, de façon offensive, son pays à une guerre de conquête. «J’aimerais trouver le moyen de le faire comprendre à nos compatriotes [aux États-Unis], écrivait-il en juin 1933 dans une dépêche au Département d’État, car j’ai le sentiment qu’il faut qu’ils comprennent à quel point cet esprit guerrier progresse en Allemagne. Si ce gouvernement reste au pouvoir un an de plus et poursuit au même rythme dans cette direction, cela contribuera grandement à faire de l’Allemagne un danger pour la paix mondiale dans les années à venir. »

Commenter cet article

Liliba 13/04/2013 08:43

Hum, il est sur ma PAL de puis un bail, celui-ci... mais il est si gros qu'il me fait peur !

akialam 13/04/2013 21:54



En fait, les 100 dernières pages sont des notes. Courage, plus que 600 :)



Jostein 12/04/2013 07:26

Belle chronique, je reviendrai te lire plus souvent.

akialam 12/04/2013 07:33



Merci je vais rougir :)



FT 06/04/2013 09:55

Bonjour Akialam! On vient de m'offrir ce livre, qui va attendre un peu car il est en bout de liste à lire, mais je te soutiens pleinement dans ton plaidoyer pour l'étude de l'Histoire, qui n'est
paraît-il qu'une éternelle répétition! Cette période du 20e siècle, pas si lointaine que ça puisque mes parents étaient ados et l'ont vécue. De plus, les périodes de crises économiques ne sont
jamais bonnes, et seule l'Histoire peut nous faire réfléchir là dessus! Je vais peut être le mettre en haut de liste, tes avis m'ont toujours été précieux! Bon week-end Akialam!

akialam 09/04/2013 10:23



Oui, les crises économiques sont souvent des périodes complexes et qui ont souvent été le tremplin pour de nombreux régimes autoritaires. Pas toujours, heureusement, mais garder ces éléments en
tête peut être salutaire....



Theoma 05/04/2013 10:11

un document étonnant et dans l'ensemble fascinant, mais quelle épaisseur !

akialam 05/04/2013 10:23



tant que le contenu m'intéresse, j'avoue que je ne me penche pas franchement sur l'épaisseur :) et puis, les 100 dernières pages ne sont que des notes