Corniche Kennedy **

Publié le 13 Juin 2012

corniche Kennedy maylis de kerangalDe Maylis de Kerangal 

aux éditions Folio

 

Les petits cons de la corniche. La bande. On ne sait les nommer autrement. Leur corps est incisif, leur âge dilaté entre treize et dix-sept, et c'est un seul et même âge, celui de la conquête : on détourne la joue du baiser maternel, on crache dans la soupe, on déserte la maison. "
Le temps d'un été, quelques adolescents désœuvrés défient les lois de la gravitation en plongeant le long de la corniche Kennedy. Derrière ses jumelles, un commissaire, chargé de la surveillance de cette zone du littoral, les observe. Entre tolérance zéro et goût de l'interdit, les choses vont s'envenimer...

 

 

 

 

 

Je ne peux pas dire que j'ai apprécié cet ouvrage, ni même que je l'ai détesté. Pire : il m'a laissée indifférente, essentiellement, je pense, à cause l'écriture assez décousue, usant et abusant d'onomatopées, de cassures pour se rapprocher davantage du flux de la parole ou de la pensée. Pour aggraver le tableau, je n'ai pas réussi à m'attacher aux personnages : ni aux jeunes de la corniche, insolents de liberté, que je n'arrive pas à comprendre (mais sans doute suis-je déjà une vieille réac'), ni au policier.Ce dernier était pourtant sans doute le personnage le plus intéressant et complexe, droit et bougon en apparence mais au fond déjà perdu, obsédé par sa rencontre avec une jeune femme.

 

Quelques moments de grâce dans l'écriture rejoignent néanmoins ceux de l'histoire, lorsque, sautant d'un promontoire ou d'un autre, les jeunes semblent suspendus en l'air, grisés par le saut et l'attente de la chute. Il s'agit sans doute d'une intelligente métaphore de leur vie, mais ces trop rares instants ne parviennent pas à rehausser le reste. 

 

Peut-être n'ai-je pas saisi l'humanisme dans le regard de l'auteur sur les personnages, ni été conquise par l'écriture tour à tour brute et poétique, mais je n'ai vraiment pas accroché à ce récit qui a achevé de me perdre avec une fin énigmatique en forme de défi, mais sans réelle portée.

 

 

Septième ouvrage du challenge

 

challenge petit bac 2012

 

 

 

 

 

dans la catégorie PERSONNE CELEBRE

Ils se donnent rendez-vous au sortir du virage, après Malmousque, quand la corniche réapparaît au-dessus du littoral, voie rapide frayée entre terre et mer, lisière d’asphalte. Longue et mince, elle épouse la côte tout autant qu’elle contient la ville, en ceinture les excès, congestionnée aux heures de pointe, fluide la nuit – et lumineuse alors, son tracé fluorescent sinue dans les focales des satellites placés en orbite dans la statosphère. Elle joue comme un seuil magnétique à la marge du continent, zone de contact et non frontière, puisqu’on la sait poreuse, percée de passages et d’escaliers qui montent vers les vieux quartiers, ou descendent sur les rochers. La dévisageant, on pense à un front déployé que la vie affecte de tous côtés, une ligne de fuite, planétaire, sans extrémités : on y est toujours au milieu de quelque chose, en plein dedans. C’est là que ça se passe et c’est là que nous sommes. Un panneau d’affichage leur sert de repère : derrière le poteau, le parapet révèle une ouverture sur un palier de terre sablonneuse semé de chardons à guêpes et de gros taillis inflammables, lesquels s’écartent à leur tour pour former des passages vers les rochers. On sait qu’ils vont venir quand le printemps est mûr, tendu, juin donc, juin cru et aérien, pas encore les vacances mais le collège qui s’efface, progressivement surexposé à la lumière, et l’après-midi qui dure, dure, qui mange le soir, propulse tout droit au cœur de la nuit noire. Chaque jour il y en a. Les premiers apparaissent aux heures creuses de l’après-midi, puis c’est le gros de la troupe, après la fin des cours. Ils surgissent par trois, par quatre, par petits groupes, bientôt sont une vingtaine qui soudain forment bande, occupent un périmètre, quelques rochers, un bout de rivage, et viennent prendre leur place parmi les autres bandes établies çà et là sur toute la corniche.

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FT 03/07/2012 13:39

Bonjour Akialam! Non je ne crois pas que tu sois devenue une vieille réac, mais je pense que la qualité de l'écriture est fondamentale dans le fait d'accrocher à une oeuvre ou de passer à côté! Il
semble aussi que l'adolescence de ces jeunes garçons ( et filles?) soit loin de la mienne, probablement aussi de la tienne, et c'est toute la problématique de cet âge de transition qui semble se
poser. Marseille et son vieux port tôt le matin , ou au coucher du soleil, si tu ne connais pas, saches que c'est à 3 heures de TGV de Paris, et que c'est un endroit plein de poésie... Bonne
journée.

akialam 03/07/2012 16:38



Sans doute cette distance entre entre l'adolescence des personnages et la mienne est en effet une partie de la réponse, mais cela ne fait pas tout, sinon, il y a de nombreux livres que je
n'aurais pas aimé, pour cette même raison.


Et non, je ne crois pas être jamais allée à Marseille...