Cet instant-là ***

Publié le 17 Octobre 2011

Cet-instant-là-Douglas-KennedyDe Douglas Kennedy

aux éditions Belfond

 

Écrivain new-yorkais, la cinquantaine, Thomas Nesbitt reçoit à quelques jours d'intervalle deux missives qui vont ébranler sa vie : les papiers de son divorce et un paquet posté d'Allemagne par un certain Johannes Dussmann. Les souvenirs remontent...

Parti à Berlin en pleine guerre froide afin d'écrire un récit de voyage, Thomas arrondit ses fins de mois en travaillant pour une radio de propagande américaine. C'est là qu'il rencontre Petra. Entre l'Américain sans attaches et l'Allemande réfugiée à l'Ouest, c'est le coup de foudre.

Et Petra raconte son histoire, une histoire douloureuse et ordinaire dans une ville soumise à l'horreur totalitaire. Thomas est bouleversé. Pour la première fois, il envisage la possibilité d'un amour vrai, absolu.

Mais bientôt se produit l'impensable et Thomas va devoir choisir. Un choix impossible qui fera basculer à jamais le destin des amants.

Aujourd'hui, vingt-cinq ans plus tard, Thomas est-il prêt à affronter toute la vérité ?

 

 

J'ai beaucoup apprécié dans cet ouvrage la peinture de l'ambiance du Berlin des années 80. Le bouillonnement artistique, la culture underground, la scission de la ville, mais également la paranoïa, du côté soviétique. Une époque qui nous semble si lointaine tant le monde à changé depuis, mais qui nous est tout de même contemporaine (à certains davantage qu'à d'autres, bien sûr).

 

En revanche, le côté prévisible de l'histoire d'amour m'a plutôt déçu, car le contexte aussi intéressant que minutieusement reconstitué, aurait mérité, selon moi, meilleur contenu.

 

La narration, morcelée entre plusieurs époques, s'articule plutôt bien et permet de redonner un peu de souffle à cette plate histoire d'amour. Les personnages sont assez convenus. Finalement, le seul personnage, qui même stéréotypé, suscite un intérêt particulier, est Alastair, plus humain et plus attachant que les principaux protagonistes même.

 

Pour un premier contact, avec l'univers de Douglas Kennedy, disons que le sentiment est mitigé, mais pas désagréable pour autant, impression à confirmer (ou infirmer) sans doute par la lecture d'un autre ouvrage de cet auteur. 

 

Un grand merci à Madame Charlotte et aux éditions Belfond pour m'avoir permis de découvrir cet ouvrage !

Comme pour confirmer cette thèse une fois encore, je venais à nouveau de refermer la porte sur mon existence et de sauter dans un avion en direction de l'est; après l'atterrissage et le contrôle des frontières à Francfort, j'ai pris un autre vol, toujours plus vers l'Orient. Au bout d'une heure, je me suis penché au hublot et il était là.

Le Mur.

Quand l'appareil a basculé sur le côté pour opérer un virage, cette construction longue et sinueuse comme un serpent est devenue plus visible. Même à cette altitude, elle paraissait imposante, austère et définitive. Avant que les nuages se dispersent pour révéler le Mur, nous avions passé trente minutes dans l'espace aérien de la République démocratique allemande et traversé des turbulences qui s'expliquaient, comme le pilote (américain) nous l'avait indiqué, par le fait que nous devions voler à dix mille mètres à peine au dessus de ca pays appartenant à un autre univers. la passagère assise près de moi a hoché la tête.

- Ils ne veulent pas que les vols commerciaux passent plus haut, par crainte qu'ils fassent de la surveillance "au profit de l'ennemi". L'ennemi étant tout ce qui n'est pas le pacte de Varsovie et la "fraternité" des camps de prisonniers tels que Cuba, l'Albanie, la Corée du Nord...

J'ai regardé ma voisine. Elle avait une cinquantaine d'années, était vêtue d'un tailleur strict. Le visage un peu empâté, elle tirait sur une cigarette HB dont le paquet était posé sur l'accoudoir entre nous. Ses yeux exprimaient une intelligence blasée, celle de quelqu'un qui a vu beaucoup trop de choses dans sa vie.

- Vous avez peut-être eu l'expérience de l'une de ces prisons? me suis-je enquis.

-Qu'est ce qui vous fait penser ça ? a-t-elle rétorqué en avalant une longue bouffée.

- Une intuition.

Elle a écrasé sa cigarette dans le cendrier et en a repris aussitôt une autre.

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