De Marc Marc-Dugain-Avenue-des-geantsDugain

aux éditions Gallimard

 

Al Kenner serait un adolescent ordinaire s'il ne mesurait pas près de 2,20 mètres et si son QI n'était pas supérieur à celui d'Einstein. Sa vie bascule par hasard le jour de l'assassinat de John Fitzgerald Kennedy. Plus jamais il ne sera le même. Désormais, il entre en lutte contre ses mauvaises pensées. Observateur intransigeant d'une époque qui lui échappe, il mène seul un combat désespéré contre le mal qui l'habite.

 

Une histoire de serial killer rédigé du point de vue du tueur, ce n'est pas nouveau, mais ici, non content d'adapter une histoire vraie, l'écrivain prend également la place du criminel pour nous raconter les mécanismes psychologiques qui président au passage à l'acte. 

Ce qui frappe, dès le départ, c'est l'apparente froideur du personnage qui analyse son geste comme un acte de survie, presque de légitime défense. Si le lecteur tente de s'accrocher à  ses principes moraux, il a pourtant tôt fait de voir Al davantage comme une victime que comme un assassin, ce qu'il est pourtant bel et bien.  On se prend donc à presque accepter ses raisons, ses circonstances atténuantes.

Se pose alors la grande question : Al étant censé être l'auteur du récit de sa vie, et ce même homme ayant développé une grande connaissance de la psychologie, est-on en présence de confessions honnêtes ou d'une subtile tentative de manipulation ? 

Le lecteur n'en saura jamais rien, et c'est toute l'intelligence de ce livre que de se fonder entièrement sur cette ambiguïté. Au delà du simple récit, Al semble se jouer de nous aussi simplement que de ses psychologues, et l'auteur laisse bel et bien au lecteur la responsabilité de juger. Honnêtement, je n'ai pas encore tranché.

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 3,5/5

 

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Quand le psy est entré, il m'a invité à m'asseoir. Je lui ai répondu que j'étais assis et il a souri.
- on ne sera pas toujours dans cette salle. C'est juste pour voir si tu te comportes bien, ce dont je ne doute pas.
Je l'ai senti tout de suite bienveillant. Bienveillant, c'est le mot. Il m'a regardé longuement en essayant de déjouer le reflet de mes grosses lunettes pour voir mes yeux.
- Il t'est arrivé une chose terrible. On va essayer de réparer ça pour que tu sortes un jour d'ici. C'est ce que tu souhaites ?
Mon cerveau tournait au ralenti.
- Qu'est ce que je dois souhaiter ?
Il a encore souri.
- Sortir d'ici. Tu en as envie?
J'ai hésité.
- Je ne sais pas trop pour le moment.
- Est-ce que tu as envie de retourner à la vie des jeunes de ton âge, à une vie normale ?
J'ai repris mes esprits.
- ça se voit que vous ne savez pas comment vivent ces types soi-disant normaux. Je veux bien sortir d'ici. Mais pas pour devenir aussi cons qu'eux.
- J'ai vu dans ton dossier que tu es quelqu'un de supérieurement intelligent, Al. Pour être honnête avec toi, je n'ai jamais été confronté à quelqu'un d'aussi intelligent.

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