andrea_chenier_giordano_domingo_tomowa-sintow.jpgDe Umberto Giordano 

Au Royal Opera House de Londres

 

Direction musicale : Julius Rudel

Mise en scène : Michael Hampe

 

Distribution

Placido Domingo : Andrea Chénier

Anna Tomowa-Sintow : Maddalena de Coigny

Giorgio Zancanaro : Gérard

Cynthia Buchan

Patricia Johnson

Jonathan Summers

John Dobson

 

Il est parfois des oeuvres que l'on n'a pas envie de chroniquer tant l'on sent que tout ce que l'on pourrait en dire serait bien en deçà de l'émotion et l'émerveillement que l'on a pu ressentir en la découvrant. C'est le cas de cet Andrea Chénier.

Adaptée librement de la vie d'André Chénier, poète français, l'histoire, beaucoup moins vaine que de nombreux autres opéras, évoque la chute d'un monde, précipitée par la misère d'un peuple. Sans doute cette évocation me touche-t-elle davantage parce que la Révolution française fait partie de l'histoire de mon pays, mais on ne m'ôtera pas l'idée que la force de cet opéra réside dans le fait de ne pas uniquement évoquer l'histoire d'individus, mais la destinée d'un peuple tout entier. Ce peuple français qui n'abat l'Ancien régime que pour voir l'avènement de la Terreur. De Charybde en Scylla.

Comme souvent lorsqu'il s'agit d'hommes et de femmes ordinaires pris dans des circonstances extraordinaires, cet opéra porte un éclairage aussi lumineux que pessimiste sur ce que l'âme humaine recèle de plus beau et de plus bas. Selon mon avis (forcément néophyte et donc sans fondement autre qu'une sensibilité très personnelle), il est trois airs parmi les plus beaux qui soient dans cette oeuvre.

Dans le premier, Nemico de la patria, Gérard, ancien domestique de la famille de Maddalena et désormais révolutionnaire reconnu, rédige l'acte d'accusation contre Andrea qu'il jalouse. Il y montre une époque où toute accusation valait preuve, mais y exprime également de façon magnifique son dégoût de lui-même et de ce en quoi son bel idéal, une fois dévoyé, a transformé sa patrie.

Le deuxième, Come un bel dì di Maggio est celui d'Andrea, qui implore la muse de la poésie de venir l'inspirer une dernière fois alors qu'il attend son exécution. Déchirant et sublime à la fois.

Enfin, le duo final Vicino a te est de toute beauté... si l'on en croit les larmes de mon coeur d'artichaut, qui valent ce qu'elles valent bien que fort peu expertes en mélomanie.

Voici donc pour cet opéra, porté ici par les voix de Placido Domingo et Anna Tomowa-Sintow ainsi que de Giorgio Zancanaro. La mise en scène est finalement très classique mais fait la part belle aux décors qui ménage des tableaux vivants et des ambiances très différentes. Pour ma part, l'acte dépeignant le tribunal révolutionnaire est vraiment celui qui m'a le plus impressionné. C'est beau, c'est fort. Que demander de plus ?

Enfin, ce fut une découverte aussi émouvante qu'intéressante dans toutes ses dimensions. Autant vous dire que j'attends avec impatience que quelqu'un à Paris se décide à monter cet opéra à la saison prochaine !

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 5/5

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