Alceste à Bicyclette ****

Publié le 12 Février 2013

philippe-le-guay-alceste-a-bicycletteDe Philippe Le Guay

 

Serge Tanneur était un grand comédien, avant de se retirer des feux de la rampe. Trop de stress l'a poussé un beau jour à prendre la décision de mettre fin à sa carrière. Depuis trois ans, il vit en solitaire sur l'Île de Ré, passant le plus clair de son temps à sillonner à vélo ce pays battu par les vents. Son confrère Gauthier Valence, dont la carrière télévisuelle est au sommet, se prépare à reprendre "Le Misanthrope" de Molière, et souhaiterait voir Serge dans le rôle de Philinthe, l'ami du personnage principal, Alceste.

Gauthier est convaincu que Serge acceptera d'interpréter ce personnage. Et quelle joie ce serait de le voir remonter sur scène . Mais Serge se montre difficile. Il ambitionne plutôt d'être Alceste, rôle qui lui conviendrait si bien. Avant de s'engager, il suggère à Gauthier de répéter ensemble pendant une semaine en alternant les personnages. Tout semble se dérouler à merveille, grâce notamment à l'apparition d'une mystérieuse divorcée italienne qui ravive en Serge une étincelle de romantisme. Quand le producteur de la pièce, l'agent de Gauthier et sa maîtresse les rejoignent sur l'île pour le weekend, la pression s'abat sur Serge pour qu'il se prononce enfin.

 

Deux acteurs qui se retrouvent, se défient, s'associent, se manipulent et s'opposent. Isolés, presque hors du temps, ils entreprennent de répéter les quelques scènes du Misanthrope faisant intervenir Alceste et son meilleur ami Philinthe. Entre Valence, acteur populaire en mal de la reconnaissance de ses pairs et Serge, volontairement retiré du monde avec la conviction qu'il est pourri, se dessinent les deux personnages de Molière.

 

Ma connaissance de l'oeuvre dont il est ici question n'est sans doute pas assez pointue pour réussir à saisir toutes les subtilités de ce film, toutes les ressemblances et la psychologie qu'il y développe en parallèle de l'oeuvre mise en avant. Néanmoins, je dois avouer que j'ai vu avec un grand intérêt le rapport de force s'installer entre les deux personnages, me demandant à chaque instant quel était celui qui manipulait l'autre, et leurs intentions mutuelles. Toute cette ambigüité se retrouve jusque dans la conclusion, plutôt amère, où l'on s'aperçoit que chacun d'entre eux est finalement responsable de ses propres insatisfactions, pêchant notamment par orgueil.

 

Je ne le cacherai pas, une grande part de mon plaisir à découvrir ce film a également été liée aux interprètes donnant vie à ces deux figures masculines. De façon très intelligente, le réalisateur a su jouer sur les images respectives des deux acteurs. On n'a aucun mal à voir un Lucchini passionné, méprisant par moments, un brin excessif, face à un Lambert Wilson au physique plus avantageux, volontiers charmeur. J'ai beau savoir qu'un acteur n'est pas son personnage, il m'a semblé intéressant de faire concorder une certaine image publique avec ces rôles. Cela apporte aux protagonistes une crédibilité immédiate, quitte à s'éloigner ensuite de cette image afin de mieux brouiller les pistes, pour le plus grand bonheur du spectateur.

 

De franches rigolades, des moments de tension, d'amertume ponctuent ce film étonnant qui donne envie de se replonger dans le texte de Molière pour mieux en saisir la subtilité et la profondeur.

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