Agora ****

Publié le 9 Janvier 2010

agoraAgora, de Alejandro Amenábar

Genre: péplum
Lieu et époque: Alexandrie, 4e siècle

Ce fut portée par mon inclinaison très prononcée pour les films en costumes et les reconstitutions historiques autant que poussée par la curiosité de voir enfin un film d'Alejandro Amenábar , LE réalisateur espagnol du moment paraît-il, que j'ai jeté mon dévolu sur ce film.

Alors oui, le côté martyr de la brillante Hypéria peut sembler agaçant tant on a l'impression qu'elle seule est sensée, qu'elle seule est incapable même de colère. Mais,au milieu de toutes ces haines attisées, de tout ces extrémistes religieux, elle fait image de sainte quasiment, elle dont le sacerdoce est voué aux sciences. Psychologiquement, en revanche, c'est sans doute l'esclave Davus qui est le personnage le plus intéressant de ce film : il me semble le plus humain de tous car il vacille, il doute. Attiré par cette nouvelle religion qui s'oppose à celle qui l'a vu naître esclave, plein de désirs inassouvis qui le rongent, cherchant les limites du bien et du mal, il finira par trouver la rédemption par un acte criminel qui devient miséricordieux dans le contexte. Tout un paradoxe.

Finalement, outre une critique du catholicisme, ou plus simplement du clergé, ce film est plus largement une condamnation de tous les extrémismes et des manipulations qu'ils peuvent entraîner. Si on souhaitait être exhaustif, on pourrait y voir nombre d'oppositions : raison contre passion, foi contre science, pardon contre vengeance, hommes contre femmes, maîtres contre esclaves, mais il faudrait sans doute davantage de lignes pour montrer toute la richesse de ce film. On peut y voir également un appel à la tolérance, ou le simple constat que cet appel est voué à l'échec, c'est selon. Au final, chaque spectateur verra ici ce qu'il voudra, tant la morale y est brouillée. Cette "morale" qui n'est ici qu'une simple question de point de vue.

Les comédiens quant à eux, en phase dans leurs personnages, à tel point qu'aucun ne se démarque en particulier. A aucun moment on ne voit un comédien brillant faisant du jeu pour le plaisir de montrer son talent. Ici, les comédiens sont bien au service de leurs personnages et du réalisateur, et c'est tant mieux, car les personnages semblent dès lors à égalité face à l'histoire. A noter côté réalisation, quelques plans surprenants, reprenant le leitmotiv du cercle qui donnent une certaine modernité au film, bien que certains leur reprocheront sans doute le trop plein de symbolique et leur inutilité structurelle pour le récit.

En bref, un film riche de symboles et d'interprétations, avec des comédiens fondus dans leurs personnages et une réalisation qui se permet quelques effets de style. Un film qui pourrait remettre au goût du jour le genre du péplum, qui après un soubresaut avec Gladiator il y a dix ans, n'a pas fourni que des chefs-d'oeuvres depuis.


Résumé:
IVème siècle après Jésus-Christ. L'Egypte est sous domination romaine. A Alexandrie, la révolte des Chrétiens gronde. Réfugiée dans la grande Bibliothèque, désormais menacée par la colère des insurgés, la brillante astronome Hypatie tente de préserver les connaissances accumulées depuis des siècles, avec l'aide de ses disciples. Parmi eux, deux hommes se disputent l'amour d'Hypatie : Oreste et le jeune esclave Davus, déchiré entre ses sentiments et la perspective d'être affranchi s'il accepte de rejoindre les Chrétiens, de plus en plus puissants...


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