Une odeur de gingembre ****

Publié le 1 Juillet 2009

Une odeur de gingembre, de Oswald Wynd

Genre: roman épistolaire, journal intime
Lieu : Chine et Japon, 1903-1942

Un ouvrage que m'a conseillé ma chère Maman. On a beau être adulte, on n'en est pas moins attentif aux conseils de ses parents (parfois). Le livre est entièrement composé  du récit d'une occidentale découvrant la Chine, puis le Japon, avec un oeil légèrement différent des autres: un oeil attentif, humain, avec une curiosité de l'inconnu, de ces cultures différentes.
Ayant moi-même passé une partie de cette année à faire des découvertes culturelles étrangères, je reconnais une part de l'oeil curieux, de celui qui remarque des détails insignifiants, de ces petits riens qui vous évoquent quantité de choses... étant  de ceux  (celles) qui ensuite ne peuvent s'empêcher d'en faire part aux autres, de réfléchir, d'établir des hypothèses à haute voix, ou de les écrire. En fait, je me suis sentie assez proche de cette étrangère, qui en agacera peut-être certains à relever beaucoup de choses insignifiantes, et à extrapoler sur le moindre élément, en montrant une extrême sensibilité à tout ce qui l'entoure. Je me suis même reconnue dans certaines réflexions, notamment sur la vie embarquée. Cette proximité régulière avec le personnage n'est sans doute pas étrangère au plaisir que j'ai eu à lire cet ouvrage, je l'avoue.
Il s'agit donc en résumé d'un beau portrait
psychologique de femme, et de la découverte d'une terre étrangère, avec les préjugés du départ, qui peu à peu s'effacent à mesure que le personnage principal se fond dans toutes les subtilités de comportement de son pays d'adoption. Vraiment très beau. Merci Maman!

4e de couverture:

En 1903, Mary Mackenzie embarque pour la Chine où elle doit épouser Richard Collinsworth, l'attaché militaire britannique auquel elle a été promise. Fascinée par la vie de Pékin au lendemain de la Révolte des Boxers, Mary affiche une curiosité d'esprit rapidement désapprouvée par la communauté des Européens. Une liaison avec un officier japonais dont elle attend un enfant la mettra définitivement au ban de la société. Rejetée par son mari, Mary fuira au Japon dans des conditions dramatiques.
A travers son journal intime, entrecoupé des lettres qu'elle adresse à sa mère restée au pays ou à sa meilleure amie, l'on découvre le passionnant récit de sa survie dans une culture totalement étrangère, à laquelle elle réussira à s'intégrer grâce à son courage et à son intelligence.

Extrait:
La voiture s'est engagée, après un tournant, dans une rue à peu près déserte, à part une vieille femme qui marchait tout au bord de la chaussée, à côté de la rigole d'écoulement. Je pense que c'était une couturière de l'une des légations car elle portait un petit baluchon enveloppé dans du tissu. Elle devait certainement appartenir à la bonne société et avoir eu des malheurs, car elle avait ces petits pieds bandés qui donnent paraît-il à la démarche un balancement de fleur que les Chinois trouvent séduisant. Chez les femmes plus âgées, cela devient un déhanchement douloureux sur des os tordus par les rhumatismes. Le bruit de la voiture a incité la vieille dame à lever les yeux, mais au lieu de détourner immédiatement son regard, elle s'est arrêtée auprès d'une porte pour nous observer et a reculé d'un pas pour rester sur les planches qui recouvraient le caniveau. C'est moi qu'elle regardait. Nous sommes passés très près d'elle. Il est difficile de dire l'âge des Chinois, mais étant donné ses rides elle devait avoir au moins soixante-dix ans, bien que ses cheveux aient été d'un noir de jais, sans doute teints mais bien tirés en arrière et serrés en chignon sur la nuque. Sa longue jacquette matelassée et ses pantalons étaient en tissu gris apparemment bon marché, mais à ses oreilles pendaient deux boucles de jade vert dont je suis persuadée que la qualité était excellente, sans doute l'ultime trésor dont elle ne se serait séparée pour rien au monde.
Je lui ai souri, et elle m'a aussitôt rendu mon sourire. Je ne pense pas qu'il lui soit resté une seule dent du haut; mais c'était cependant un sourire très doux. Je sais, comme si nous nous étions comprises sans avoir eu besoin de parler, qu'elle se rappelait soudain ce jour lointain où on l'avait conduite en palanquin jusqu'à la maison de son seigneur, un homme qu'elle n'avait sans doute jamais vu auparavant et qu'elle portait avec elle toutes les frayeurs - dissimulées sous un visage lisse- d'une jeune fille plongée dans un monde étrange et inconnu. J'étais restée très calme durant les préparatifs du mariage et tout au long de la cérémonie elle-même, mais j'ai senti à cet instant les larmes me monter aux yeux. Peut-être y avait-il aussi des larmes dans les yeux de cette vieille dame, je l'ignore, car nous l'avons rapidement perdue de vue. Vous êtes la seule à qui j'ai parlé de cela, maman, et je n'en parlerai jamais à quiconque. 

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anjelica 27/02/2011 10:22


pour ma part, j'ai eu du mal à cerner l'héroïne, ce qui m'a gêné considérablement et je me suis ennuyée au début.


akialam 02/03/2011 17:02



J'imagine que certaines scènes ont trouvé écho dans mon propre vécu, c'est peut-être pour cela qu'il m'a  tant plu ...



Choupynette 14/02/2011 16:32


Cela n'a pas été un coup de coeur pour moi, mais j'ai quand même beaucoup aimé.


akialam 16/02/2011 07:28



Ah, dommage. J'imagine que certains éléments de ce roman ont trouvé des échos personnels, ce qui explique mon engouement pour cet ouvrage.



Edelwe 03/07/2009 18:09

J'aime bien l'histoire et j'aime bien découvrir des cultures étrangères. Alors, pourquoi pas...

alain Destrieux 02/07/2009 21:36

oui, je me souviens, Maman avait beaucoup aimé ce livre !