Hell ****

Publié le 14 Juin 2009

Hell, de Lolita Pille

Genre: Roman, drame
Lieu et époque: Paris, époque actuelle

Il est difficile d'imaginer que l'on peut tout avoir et être malheureuse. C'est pourtant ce qui arrive à Ella, surnommée Hell. Issue des milieux les plus huppés de la capitale, elle erre de restaurant à la mode en boîte de nuit "in", sans trouver de sens à sa vie. Dans ce tourbillon sans fin d'argent, d'alcool, de sexe et de drogue, elle cherche à oublier qu'elle n'a goût à rien, n'a envie de rien, puisqu'elle a déjà tout. Elle s'ennuie, elle ne ressent rien, tout au plus de l'agacement, du dégoût pour elle-même.
Un jour, devant le vide de sa vie et d'un ventre qu'elle vient de débarrasser de son petit habitant, elle fond en larmes en face de chez baby Dior. C'est alors qu'un mystérieux inconnu vient à son secours. De cette brève apparition, qu'elle pressent décisive, Hell gardera un souvenir troublé, et lorsqu'elle retrouve le jeune homme, leur complicité est évidente: même lucidité, même dégoût de soi, même regard écoeuré sur leur monde, aux règles duquel ils se conforment pourtant.

Comment ne pas être heureux avec tout ce qu'elle possède ? Pourquoi, avec le regard lucide que Hell porte sur sa propre existence, ne pas tenter de s'extraire de cette vie nocturne et de ses dangers ? Peut-être par manque de courage, peut-être parce qu'au fond, elle appartient à part entière à ce monde de l'argent et de la nuit, qu'elle ne connaît rien d'autre. Le lecteur suit avec un mélange d'indignation et de pitié le parcours de cette pauvre petite fille riche. L'écriture, balisée de provocations envers "les autres", ceux qui travaillent et comptent leur argent avant de le dépenser, transpire le mal de vivre, et sans doute l'envie souterraine d'être "plus normale". Une envie d'être aimée dans un milieu où les apparences sont peut-être plus importantes que la réalité des sentiments.


4e de couverture:
"Je suis une pétasse. Je suis un pur produit de la Think Pink generation, mon credo: sois belle et consomme." Hell a 18 ans, vit à Paris Ouest, se défonce à la coke, est griffée de la tête aux pieds, ne fréquente de des filles et fils de, dépense chaque semaine l'équivalent de votre revenu mensuel, fait l'amour comme vous faites vos courses.
Jusqu'au soir où elle tombe amoureuse d'Andrea, son double masculin, séducteur comme elle, et comme elle désabusé. Ensemble, coupés du monde, dans un corps à corps passionnel, ils s'affranchissent du malaise qu'ils partagent. Mais les démons sont toujours là, qui veillent dans la nuit blanche de ces chasseurs du plaisir.

Extrait:
Je suis un peu caricaturale. Avouez que vous me prenez pour une sacrée conne en total look Gucci, sourire bleeching et cils papillonnants.
Vous avez tort de me sous-estimer, ce sont des armes redoutables, c'est grâce à elles que je dénicherai plus tard un mari au moins aussi riche que papa, condition sine qua non de la poursuite de mon existence si délicieusement et exclusivement futile. Car travailler n'entre pas dans la liste de mes nombreux talents. Je me ferai entretenir et voilà. Comme mère et grand-mère avant moi. Cela dit, depuis quelques décennies, la concurrence est rude sur le marché matrimonial de grand luxe. Les bons partis sont sollicités de toute part par une armée de mannequins, de secrétaires, et autres soubrettes ambitieuses dont les dents blanches rayent le parquet et qui ne reculent devant rien pour se tailler la part du lion. La part du lion = un appartement de réception rive droite + une classe A + une armoire de fringues griffées de mauvais goût + deux têtes blondes + narguer les anciennes collègues moins bien tombées.
Eh oui, Paris ouest, nous sommes tous beaux, nous sommes tous riches.
Riches, vous y croyez sans peine, vu le prix du mètre carré, si nous n'étions pas riches, nous n'habiterions pas là. Beaux, je vous sens dubitatifs. Réfléchissez un peu. dans un monde où la promotion sociale par le cul fait rage depuis des générations, les familles laides ont été épurées à coup de mésalliances qui, unissant un gros plein de soupe et de millions à une arriviste bien foutue, ont abouti en général à la progéniture parfaite, puisque dotée du physique de maman et du compte en banque de papa. On ne gagne pas à tous les coups, certes, et pour peu que papa se fasse rouler par son homme d'affaires et que les gènes de maman ne parviennent pas à s'imposer, l'enfant peut également naître laid comme papa et pauvre comme maman. C'est ce qu'on appelle la malchance, mais je ne m'étendrai pas sur ce point. Je n'ai pas pris la plume pour vous décrire l'existence de gens pauvres et laids: primo, j'en ignore tout, secundo, ce n'est pas un sujet des plus réjouissants. 
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Edelwe 24/06/2009 10:42

Ce livre m'a toujours intrigué...mais finalement, qu'en as-tu pensé?

akialam 24/06/2009 17:27


Tiens, c'est vrai que je n'ai pas vraiment dit ce que j'en ai pensé... En fait, c'est un mélange d'indignation face à ce snobisme de l'argent, ce mépris des autres et cette absence de sens des
réalités (le coût de la vie), et en même temps, on a pitié d'elle, car elle est vraiment malheureuse. C'est tout de même meilleur, et moins trash que ce que j'attendais au départ, ce qui perce
n'est pas seulement l'envie de provoquer (pour attirer l'attention?), mais un profond désespoir qui touche le lecteur. Bien, donc, selon moi.
Comme on dit, l'argent ne fait pas le bonheur (mais il y contribue tout de même)