La femme de l'Allemand ****

Publié le 16 Mars 2009

La femme de l'Allemand, de Marie Sizun

Genre: Roman psychologique
Lieu et époque: Paris, années 60


Cet ouvrage accroche tout de suite le lecteur grâce à son style particulier, cette façon de raconter l'histoire à la deuxième personne, comme si le personnage principal s'observait de l'extérieur. Cela crée un sentiment de bizarrerie, qui convient très bien à la durée de l'histoire et au thème développé. Je ne connaissais rien de cette maladie avant de lire cet ouvrage. Bien sûr, comme tout le monde, j'avais déjà entendu le terme, mais j'ignorais complètement ce qu'il signifiait, et surtout quelle terrible réalité il recouvrait. Ici, nous la vivons à travers le quotidien d'une mère et de sa fille, la deuxième grandissant à mesure que la maladie de sa mère s'aggrave. Malgré de courts moments de répit, où la vie "comme avant" semble possible, la folie affleure, toujours. Un récit prenant, que l'on n'a pas envie de lâcher, courant sur plusieurs années d'une vie (de deux vies ?), avec des moments de terreur pure, lorsque "l'Autre" en Fanny se réveille, tantôt imperceptiblement, tantôt violemment. C'est aussi l'histoire d'une évolution, au cours de laquelle Marion endosse progressivement tout le poids de la maladie de sa mère, poids social, moral, mais aussi quotidien. Partagée entre son amour pour sa mère, des aspirations à une vie "normale" et un secret familial écrasant dans la France de l'après-guerre, Marion tente de trouver sa place dans la société sans renier ni sa mère ni son histoire. Impressionnant.

4e de couverture:
Le monde de la petite Marion vacille. Elle aime sa mère, Fanny, mais une dissonance s'installe dans leur relation. Une voix un peu trop haute, des emportements inexplicables, un silence embarrassé à propos de ce père allemand dont marion ne sait rien ou presque.
Avec le temps, Marion apprend : Fanny est maniaco-dépressive.
Les rôles s'inversent alors. L'adolescente endosse cette raison qui doucement quitte sa mère. Elle la protège, la couve en taisant ses excès. Mais l'amour ne suffit pas pour terrasser la folie.


Extrait:
Tant de choses comme cela que tu ignores. Que tu devines vaguement. Des choses qui sont là. Qui te frôlent, cachées dans l'ombre, mais si denses que tu en éprouves la secrète présence, comme une menace.
De la guerre, cette guerre que tu n'as pas connue, qui venait de se terminer quand tu es née, longtemps tu ne sais rien. Rigoureusement rien.
Tu as cinq ans. On est en 1950. La guerre, pour toi, c'est juste un mot que tu entends souventn un mot qui a l'air de cacher des choses terribles, mais qui te sont obscures. Il survient chez Henri et Maud; tu le surprends dans la ruen chez les commerçants. De la guerre, Fanny, si prolixe sur d'autres sujets, ne parle jamais.
Pourtant, un jour, parce que tu veux savoir, elle te donne des explications. A sa manière. Elle te dit que les Allemands avaient envahi la France, ma chérie, que ç'avait été terrible, qu'il y avait eu beaucoup de morts, et chez nous et chez eux; qu'à cause de la guerre c'était interdit d'avoir un amoureux allemand, ces années-là; que, si ça arrivait, cette chose-là, les gens vous détestaient; vous punissaient. Qu'elle l'avait fait quand même. elle te raconte que, lorsque Maud et Henri l'avaient appris, que leur fille chérie aimait un Allemand, il y avait eu une scène effroyable. Qu'ils l'avaient enfermée. Elle rit. Qu'elle s'était sauvée. Qu'elle l'avait retrouvé, lui, cet homme-là. Celui qui serait son père. Que c'est pour ça que ses parents sont fâchés avec elle, même si maintenant la guerre est finie.
Elle n'en dit pas davantage. Elle cesse de raconter. Et à toi aussi cela suffit. Pour le moment.
Commenter cet article