La solitude des nombres premiers ****

Publié le 9 Avril 2009

La solitude des nombres premiers, de Paolo Giordano.

Genre: roman, drame
Lieu et époque: Italie, époque actuelle

Je dois avouer qu'au départ, le titre me laissait sceptique. Même n'étant pas matheuse, j'avais une vague idée de ce que pouvaient être des nombres premiers, mais  je ne voyais pas du tout ce qu'ils avaient à voir avec cette histoire. Passé cet a priori, on se laisse très vite emporter par l'histoire de ces deux personnages écorchés vifs, qui reportent sur leur corps cette souffrance morale qui déborde sans cesse. Comment ne pas être sensible à ces deux adolescents perdus, qui cherchent leur place tout en voulant rester à part ? On reste accroché, on voudrait qu'ils arrivent à être heureux, à trouver, sinon le bonheur, du moins une forme de paix. L'écriture est simple, incisive, et accompagne les personnages dans tous leurs états d'âmes, sans jamais leur voler la vedette. Ce livre, plus que par son style, est vraiment remarquable pour l'aspect psychologique de ses personnages. On adhère, tout simplement.

4e de couverture:
Les nombres premiers ne sont divisibles que par un et par eux-mêmes; soupçonneux et solitaires, certains possèdent cependant un jumeau dont ils ne sont séparés que par un nombre pair. Mattia, jeune surdoué, passionné de mathématiques, en est persuadé: il compte parmi ces nombres, et Alice, dont il fait la connaissance au lycée, ne peut être que sa jumelle. Même passé douloureux, même solitude à la fois voulue et subie, même difficulté à réduire la distance qui les sépare des autres. De l'adolescence à l'âge adulte, leurs existences ne cesseront de se croiser, de s'effleurer et de s'éloigner dans l'effort d'effacer les obstacles qui les séparent.

Extrait:
Les jumeaux étaient assis au premier rang, Michela faisait toute la journée des coloriages, débordant méticuleusement et attribuant les couleurs au hasard. La peau des enfants bleue, le ciel rouge, les arbres jaunes. Elle empoignait les crayons à l'instar d'un bâtoir à viande et appuyait si fort qu'elle déchirait la feuille une fois sur trois.
A côté d'elle, Matthia apprenait à lire et à écrire. Il apprenait les quatre opérations arithmétiques et il fut le premier de la classe à savoir faire les divisions avec la retenue. Si la tête de sa soeur était défectueuse, la sienne évoquait en vertu du même mystère un engrenage parfait.
Parfois, Michela gesticulait sur sa chaise et tapait des bras furieusement, pareille à une phalène prise au piège. Ses yeux s'assombrissaient et la maîtresse, plus apeurée qu'elle, la contemplait avec le vague espoir que cette arriérée finirait un jour par s'envoler. Derrière, des élèves ricanaient et d'autres disaient chut.
Alors Matthia soulevait sa chaise pour éviter qu'elle grince sur le sol et se plaçait derrière Michela, qui roulait la tête des deux côtés et agitait ses bras si fort qu'il craignait qu'ils ne se détachent.
Il lui saisissait les mains et lui refermait délicatement les bras sur la poitrine.
"Voilà, tu n'as plus d'ailes", lui murmurait-il à l'oreille.  



Merci à
http://www.chez-les-filles.com/
qui m'a permis de découvrir ce livre !

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keisha 22/05/2009 08:55

ce livre a bien plu, d'ailleurs j'en ai fait un livre voyageur!