La fausse veuve ***

Publié le 19 Août 2008

La fausse veuve, de Florence Ben Sadoun

Genre: Drame
Lieu et époque: Paris, époque actuelle

Le locked-in syndrome, sujet difficile s'il en est. Après "le scaphandre et le papillon", de Jean-Dominique Bauby, qui racontait la maladie, de l'intérieur, en voici une vision de l'extérieur, de ceux qui "restent" pendant la maladie, après la mort. Ce roman s'articule autour de la personne de la maîtresse, pour laquelle Lui a quitté femme et enfants,  mais qui dès lors qu'il rentre à l'hôpital, se retrouve sans statut, sans droits sur ce corps inerte, qu'elle ne reconnaît plus. Sous forme de tableaux successifs, l'héroïne raconte les allers-retours à l'hôpital, les souvenirs d'enfance, la première mort, celle du corps qu'elle connaissait, puis la deuxième, définitive, le silence au téléphone, la nouvelle communication, le manque, le désir, le dégoût, aussi, parfois.  Ce livre est parfois déconcertant dans la forme d'écriture, notamment le passage de tutoiement au vouvoiement continuel, mais très vite, on rentre dans l'histoire, dans l'humain, dans l'émotion. Touchant.

4e de couverture:

«Aujourd'hui je suis plus vieille que toi alors que j'avais neuf ans de moins que vous...» Ainsi commence La Fausse Veuve. Tutoyant et vouvoyant dans la même phrase son amant disparu, l'héroïne lui raconte, et nous raconte, dix ans après, l'histoire qui leur a été volée. Ce que furent leur amour, leurs moments de bonheur, et aussi le désespoir, leurs muets tête-à-tête à l'hôpital quand, victime d'un grave accident cérébral, il s'écroule, et se réveille paralysé et privé de parole. Face au drame du «locked-in syndrome», face à la destinée légendaire d'un personnage que les médias se sont approprié, une femme n'oublie pas qu'il était un homme. Comment se parler d'un souffle? Comment s'aimer sans se toucher? Comment lire les battements d'un cœur au rythme d'un battement de paupières? C'est ce chemin escarpé, compliqué, et parfois très éloigné du deuil, qu'on suit dans ce roman en s'arrêtant sur les cases de l'enfance, en reculant sur celles de l'amour et de la religion, et en sautant à pieds joints sur celle de la mort comme au jeu de la marelle.

Extrait:
"Vous êtes couché à l'étage grave. Pourquoi les portes des autres malades sont-elles toujours ouvertes ? Je passe avec la sourde envie de tourner la tête pour constater qu'ils sont dans un état pire que le tien.
J'ai fait près de soixante-dix voyages jusqu'à Vomi. Soixante-dix fois j'ai recomposé mon visage derrière votre porte pour affronter le vôtre, bouche tordue, oeil cousu et votre corps disloqué, en vrac et pourtant intact. Je retiens ma respiration. Être seule face à vous, ce n'est pas un tête-à-tête, c'est un corps-à-corps. Quel encombrement, ce corps devenu étrange, ces jambes raides, ce bras inerte, cette main morte qui ne peut pas passer un doigt dans mes cheveux. Jamais je ne pourrais en faire abstraction. Et puis cette odeur ! Vous vous êtes encore fait asperger d'eau de toilette japonaise aux relents d'eau de mer qui mélangée au reste est ignoble. Je ne peux pas la sentir."



Merci à
http://www.chez-les-filles.com/
qui m'a permis de découvrir ce livre !



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