Affiche exposition Man Ray et la mode - Musée du Luxembourg

Au Musée du Luxembourg 

Du 23 septembre 2020 au 17 janvier 2021

Le Musée du Luxembourg est un peu à part dans les lieux d'expositions parisiens : il n'a pas de collections propres, comme le Louvre ou Orsay, par exemple; il n'est pas non plus dédié à une thématique; enfin, ses dimensions sont relativement réduites. Ainsi, par exemple, nulle possibilité de grande rétrospective.

Toutes ces contraintes - ou atouts, c'est selon - l'ont poussé à développer d'année en année une programmation qui fait explore à chaque fois une période ou une thématique bien précise. Des expositions conçues pour le grand public, mais pas de celles qui vont nécessairement intéresser tout le monde. Par exemple, en 2019, l'exposition sur Les Nabis était centrée autour des grands décors que ces artistes avaient pu effectuer pour les demeures de riches commanditaires, ce qui a pu frustrer certains visiteurs qui s'attendaient à une grande rétrospective sur le mouvement. 

Affiche exposition Man Ray et la mode - Musée du Luxembourg

Cette fois-ci ce sont les relations entre Man Ray et la mode qui sont regardées à la loupe, laissant de côté la pluralité d'un artiste surtout connu pour ses photographies, mais dont la grande passion fut la peinture. 

De Man Ray, je ne connaissais que deux photographies iconiques avec Kiki de Montparnasse. L'une est celle qui compare le dos de la jeune femme aux courbes d'un violoncelle, l'autre est celle qui met en contraste sa peau claire et ses traits redessinés par le maquillage, avec la stylisation d'un masque africain en ébène. Je n'en connaissais pas d'autres. Du moins le croyais-je... 

Exposition Man Ray et la mode au Palais du Luxembourg - Coco Chanel

En réalité, j'en connaissais bien plus que je ne le pensais, surtout des portraits.  Car Man Ray, au départ, est peintre. En 1922 après l'échec de plusieurs de ses expositions, il rencontre le couturier Poiret, qui lui propose de photographier ses modèles, sans toutefois le payer. Pour gagner sa vie, Man Ray se lance alors dans la photographie de portraits : Coco Chanel, Anna de Noailles, Peggy Guggenheim, les femmes les plus en vue de l'époque se succèdent devant son objectif.  

Dans la folie de l'entre-deux-guerres, Paris est en pleine effervescence artistique et mondaine. Dans les fêtes extravagantes qui s'y donnent, on se costume, on affiche son goût pour l'exotique ou l'étrange, on fait et défait les tendances de la mode. C'est dans cet environnement que les liens entre Man Ray et la mode vont se renforcer.

Affiche exposition Man Ray et la mode - Musée du Luxembourg - La Marquise Casati en Sissi

Car si le récit des fêtes dans le beau monde a de tout temps rempli les colonnes des magazines et des journaux, il n'en reste pas moins que jusqu'aux années 20, le lecteur ou la lectrice devait se contenter de descriptions. A charge du journaliste de trouver les mots les plus évocateurs  pour rendre compte de la magnificence des toilettes et frapper l'imagination de son lectorat. Dans quelques publications, certains atours étaient reproduits en gravure, dans des poses supposées naturelles, mais qui permettaient surtout de mettre en valeur le vêtement, en offrant assez de lisibilité pour être interprétée par les couturières. L'avènement du prêt à porter est encore à venir. 

Rapidement, des directeurs de magazines de mode qui se veulent à la pointe de la modernité perçoivent le potentiel de la photographie. Dès 1924, Vogue fait d'ailleurs appel à Man Ray. Mais c'est surtout dix ans plus tard, lorsqu'il collabore avec Harper's Bazaar, que l'artiste signe ses compositions les plus audacieuses et emblématiques. Il adopte des points de vues atypiques, s'essaye à tous les effets photographiques possibles, quitte à en perdre la lisibilité du vêtement : une nouveauté ! 

Affiche exposition Man Ray et la mode - Musée du Luxembourg

Lorsque l'on regarde en détail, la carrière de Man Ray comme photographe est finalement assez courte. Deux décennies à peine. Car dès la fin des  années 30, Man Ray met fin à sa collaboration avec les magazines de mode pour se consacrer presque entièrement à la peinture. 

Pour moi qui ne connaissais pas Man Ray - ou si peu - explorer un morceau de sa création est à la fois assez et un rien frustrant. Parce que je préfère toujours avoir une large vue d'ensemble, claire, avant de me lancer dans le détail. D'un autre côté, plonger uniquement dans ses deux décennies de création photographique - qui font sa célébrité aujourd'hui - reste très intéressant. On peut y observer la diversité des procédés qu'il a pu employer, et notamment l'importance du recadrage, omniprésent chez lui.

A titre personnel, j'ai également beaucoup aimé redécouvrir les clichés des années 20 et 30, avec leurs toilettes, la démesure de leurs fêtes, et cette impression - du moins pour les happy few que l'on voit sur ces clichés - que les temps étaient plus insouciants. 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi  3,5/5

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