Affiche spectacle du Misanthrope au Cardinal - la conversion d'alceste - Molière - Courteline

Un quadriptyque d'après les oeuvres de Georges Courteline, Molière, Fabre d'Eglantine et Jacques Rampal 

Au Théâtre La Croisée des chemins (salle Belleville)
du 8 septembre 2020 au 9 mars 2021

Mise en scène de Patrick Rouzaud 

 

 

 

J'aime les concepts qui sortent de l'ordinaire - mon snobisme à moi, sans doute - et encore davantage lorsqu'il s'agit de spectacle vivant. Ici, il s'agit d'un projet théâtral en quatre volets, intitulé Du Misanthrope au Cardinal.

Depuis le Misanthrope, oeuvre bien connue de Molière, plusieurs pièces se sont attachées au parcours des ses trois personnages principaux, Alceste, Philinte et Célimène. Fabre d'Eglantine, tout d'abord, écrit une suite à la pièce, intitulée Le Philinte de Molière puis Georges Courteline en 1905 qui tire, avec La conversion d'Alceste une autre hypothétique suite. Enfin, en 1992, Jacques Rampal imagine les retrouvailles des deux amants de Molière, 20 ans après leur séparation, dans Célimène et le Cardinal

L'intérêt de réunir ces pièces est de pouvoir observer la façon dont plusieurs auteurs, à des époques différentes, se sont emparés des mêmes personnages. C'est donc sous la forme d'une tétralogie que ces oeuvres sont présentées ici au spectateur, chacune constituant un opus d'une heure environ, dans un ensemble qui se veut cohérent : la chronologie des événements a volontairement été bousculée pour permettre une progression de la mise en scène et du jeu, partant du plus comique pour s'acheminer vers le drame.  

Ce soir-là, j'ai donc rendez-vous au Théâtre la croisée des chemins - salle Belleville - avec les deux premiers opus de ce projet pas comme les autres. 

 

Opus 1 : La Conversion d'Alceste - Comédie de Georges Courteline 

Dans cette comédie, Courteline imagine un Alceste converti à la bienveillance, après avoir pris conscience d'être allé trop loin dans la misanthropie. Désormais marié à Célimène, il s'est promis d'être aussi indulgent et aimable qu'il a autrefois été intransigeant. 

Je vous le dit tout de suite, je ne connaissais pas du tout cette oeuvre de Courteline, et n'avais donc aucune idée préconçue à son sujet. Et cependant, malgré l'attrait de la nouveauté, j'ai été assez déçue : pourtant, s'agissant d'un spectacle vivant, il est toujours difficile d'avoir un avis entièrement arrêté, puisque par définition chaque représentation est unique. Cette Conversion d'Alceste a été volontairement mise en scène à la façon d'une comédie de boulevard - ce qu'elle était peut-être à l'origine, d'ailleurs -  un genre qui demande une précision comique redoutable. Est-ce que, tout simplement, ce soir-là, l'énergie ne fonctionnait pas ? Je l'ignore.

Toujours est-il qu'au delà des effets comiques reposant sur le texte lui-même, j'ai trouvé l'ensemble décousu et maladroit : des comédiens qui semblent parfois livrés à eux-mêmes dans la mise en scène, l'impression que certains déplacements sont mécaniques sans lien aucun avec un ressenti du personnage, et des effets comiques efficaces brièvement, qui s'étirent ensuite sur de longues minutes. 

En sortant, j'étais réellement dubitative... était-ce la mise en scène, ou le texte d'origine? Etaient-ce les comédiens, dont j'avais du mal à dire s'ils étaient réellement eux aussi perdus dans l'ensemble, ou simplement en petite forme ?

J'ai passé l'heure de pause entre les deux représentations à tourner ces questions dans ma tête. Qu'allais-je bien pouvoir écrire qui ne soit ni blessant, ni irrespectueux, tout en rendant compte de mon ressenti ? Me voici de retour dans la salle,  à l'heure dite, pour découvrir le deuxième opus. 

 

Opus 2 : Le Misanthrope - Tragi-comédie d'après Molière 

Ici, on est en terrain connu : le classique avec le texte de Molière. Dans un souci d'harmonisation,  l'intrigue a cependant été resserrée à une heure autour de la relation entre Philinte, Alceste et Célimène. Ce qui n'empêche pas d'autres personnages de croiser leur chemin, tel Oronte, le faiseur de rimes, ou encore Arsinoë l'amie jalouse. De quoi me rappeler une fois de plus que cette dernière un régal de double jeu. 

Avec le Misanthrope - plus familier - je retrouve mes repères, et commence à y voir plus clair, mettant le doigt plus précisément sur ce qui me turlupine depuis le début. Premièrement, je ne suis pas une adepte de cette mise en scène qui ne m'a semblé ni s'effacer dans la recherche du naturel, ni montrer un parti pris. D'autre part, et cela se remarque encore davantage dans cet opus que dans le premier, la distribution est plutôt inégale, malgré tout le coeur que tous les comédiens y mettent. Toutefois, et sans doute en regard de ma perplexité face au premier opus, ce Misanthrope m'a globalement plu. 

Le texte de Molière est toujours efficace, les comédiens semblent plus à l'aise, et plus raccord avec les intentions de leur personnage. En résumé, l'ensemble fonctionne mieux, si bien que l'on peut profiter davantage du jeu, du texte, de la psychologie des personnages et des situations tragicomiques. La réduction du texte original a été faite efficacement, de sorte que l'on ne perde rien de la relation entre Alceste et Célimène, ou entre Alceste et Philinte, du reste.

 

Alors voilà. Je balance entre l'idée qui a présidé à la création de cet ensemble, la mise en relation de ces quatre pièces - concept assurément intéressant - et l'avis mitigé que j'ai après avoir assisté aux deux premiers opus. J'ai toutefois encore la curiosité de voir les deux suivants, partant du principe que tant que je n'ai pas vu les quatre pièces, je ne pourrai pas légitimement donner un avis qui reflète l'ensemble du projet. Avis, qui, malgré tous mes efforts, ne saurait qu'être personnel... 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi

  •  La conversion d'Alceste :  2/5
  • Le Misanthrope : 3/5 

Avec Aurélien Desanlis, Violette Erhart, Benjamin Gourvez,
Mahmoud Ktari et Sylvain Martin

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