Affiche exposition Louboutin l'exhibitioniste palais de la porte dorée

Au palais de la Porte Dorée

Prolongations jusqu'au 3 janvier 2021

 

Je ne m'intéresse pas vraiment à la mode. Entendez-moi bien, j'aime prendre le temps de choisir mes vêtements et accessoires, mais je ne suis pas ce qui est "à la mode". Côté chaussures, c'est un peu pareil. Je privilégie au quotidien des chaussures confortables - activité professionnelle oblige -  et si j'aime à chausser de plus beaux souliers quand je sors, je ne me suis pour autant jamais rêvée avec un dressing à chaussures gigantesque. Tout compris - escarpins, baskets, chaussures de marche, sandales, bottines et chaussures de travail-  je dois posséder une quinzaine de paires de chaussures. 

 

On ne peut donc pas dire que je suis une accro du shopping. Et pourtant, même chez moi, le nom Louboutin provoque une sorte de fascination immédiate :  des chaussures de luxe, inaccessibles, d'une extravagance assumée quitte à flirter parfois avec les limites du bon goût. Des souliers vertigineux dont l'emblématique semelle rouge me fait rêver : une dose d'art, d'outrance, de bling bling et d'assumation des codes traditionnels de l'ultra-féminité. La féministe en moi réprouve un peu, la diva a les yeux qui brillent. Que voulez-vous, il faut aussi savoir assumer ses contradictions. 

 

Enfin voilà : alors que je baigne davantage dans le monde de la culture plus classique - histoire de l'art, cinéma, littérature, opéra, théâtre, je reçois l'invitation à visiter en avant-première l'exposition Christian Louboutin : L'exhibition[iste],  au Palais de la Porte Dorée. Je l'accepte de grand coeur, avec toutefois un léger sentiment de non-légitimité : je me cauchemarde en petite souris grise au milieu de blogueurs mode ultra lookés. 

 

Me voilà donc un beau matin devant le Palais de la porte dorée. Quelques marches, et voici que s'ouvre à moi l'exposition. Christian Louboutin, présent pour l'occasion, nous précise l'importance de ce lieu pour lui : il l'a visité enfant, quand le Palais était encore "Musée des arts africains et océaniens". Il souligne le choc esthétique qu'il a ressenti, à l'époque, et l'importance de cette source d'inspiration dans son travail, encore aujourd'hui.

 

exposition christian louboutin l'exhibitionniste - palais de la porte dorée

 

L'exposition débute sur une grande salle couverte de formes pour chaussures, et éclairée de rouge. Une couleur qui peut aussi bien évoquer la sensualité, qu'une certaine forme de violence, sans oublier la fameuse semelle rouge emblématique de la marque.

 

Pour Louboutin, tout commence avec un panneau représentant un soulier à talons aiguilles barré. Une silhouette que l'enfant, à l'époque, ne reconnaît pas, mais dont la forme graphique seule suffit à frapper son esprit. 

 

exposition christian louboutin l'exhibitionniste - palais de la porte dorée

 

Christian Louboutin a souhaité que cette exposition montre une partie de son travail, mais aussi ce qu'il aime et ce qui l'inspire : on y retrouve donc ses souliers, mais pas seulement. Il y a aussi des oeuvres créées pour l'occasion, des allusions à ses multiples et très diverses sources d'inspiration, des oeuvres créées spécialement pour l'exposition par des artistes invités, des objets devenus sources d'inspiration du créateur, l'explication de techniques de la fabrication des chaussures...  il y a de tout. Et ce n'est pas moi qui irait m'en plaindre. 

 

Dans la première salle, par exemple, on découvre quelques-un des premiers modèles de Christian Louboutin, dont certains réalisés seuls, parfois avec les moyens du bord. Mais ce qui m'a le plus impressionné, ce sont les vitraux qui couvrent le pourtour de la salle : réalisés par la Maison du Vitrail, ils soulignent les éléments, je cite "constitutifs du travail du créateur". 

 

exposition christian louboutin l'exhibitionniste - palais de la porte dorée
exposition christian louboutin l'exhibitionniste - palais de la porte dorée

Ce qui caractérise cette exposition, plus que tout autre, c'est que l'on ne vient pas forcément voir uniquement les objets, mais aussi - et surtout? - l'ensemble. Chaque espace réserve son lot de surprises, et possède sa propre personnalité, sa propre ambiance, dans une mise en scène très étudiée, et avouons-le, hautement instagrammable. 

 

De la chaussure érigée en icône à la manière d'une madonne espagnole que l'on promène en procession, à son utilisation comme matière première de décoration, en passant par l'univers du cabaret. Ce n'est d'ailleurs par un hasard : enfant, Louboutin était davantage fasciné par l'univers su spectacle que de la mode. Cela se ressent dans l'importance de la lumière, de la mise en scène. 

 

exposition christian louboutin l'exhibitionniste - palais de la porte dorée

 

On parcours cette exposition comme un voyage, il y a cet étonnant théâtre bhoutanais, ces mannequins disposés très graphiquement, ces vidéos sur la réalisation des chaussures et les explications techniques, ou encore ce "pop corridor" très futuriste dans lequel se mélangent Star wars et les photos de stars portant des Louboutin.

 

exposition christian louboutin l'exhibitionniste - palais de la porte dorée

 

Encore plus surprenant, à sa manière : ce qui semble à première vue le cosy salon d'une mamie anglaise, avec son thé, ses cupcakes, et même Stéphane Bern à la Télé. Et puis, devant l'incongruité de la chose, on regarde plus attentivement, et on commence à discerner les détails: la sculpture en clous, une paire de jambes sur la moquette... Et plus l'on observe, plus l'on s'aperçoit que tout n'est que détails : jambes et fesses, femmes reproduites à l'infini sur le papier peint, les tissus, les chaussons, les coussins... et même sur le gilet du présentateur, sur l'écran de télé ! 

 

exposition christian louboutin l'exhibitionniste - palais de la porte dorée

 

A noter également, un espace un peu à part réservée aux plus de 16 ans : une salle dédiée à la collaboration de Louboutin avec David Lynch, fetish explorant la chaussure sous l'angle du fétichisme : la chaussure perd son côté fonctionnel pour se plier entièrement à celle du désir, devenant une oeuvre d'art, destinée seulement à orner et contraindre un corps érotisé à l'extrême.

 

Bien plus qu'une exposition pour les fans de la marque à la semelle rouge, une plongée au coeur de l'univers d'un créateur. Un parcours où le visiteur va de surprise en surprise, dans une scénographie soignée et très efficace. 

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 5/5

 

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