Après le Moulin Rouge, il y a quelques mois, c'est au Lido que nous mène notre tournée des cabarets parisiens. Ici, sur des Champs Elysées qui semblent vouloir remonter en gamme, l'ambiance s'annonce d'emblée plus chic. 

Le Lido, c'est, à l'origine une des plus célèbres plages de Venise. A la fin du 19e siècle, on baptise du même nom une piscine sur les Champs Elysées : ce lieu très chic, dont le décor évoque la Sérénissime, devient très à la mode... pourvu qu'on ait les moyens ! L'endroit est transformé dans les années 30 en salle de spectacle mais c'est en 1946, dans l'euphorie de l'après-guerre, que le Lido devient réellement un cabaret. 

Et quand on parle du Lido, difficile de ne pas évoquer Margaret Kelly, surnommée Miss Bluebell - littéralement "Jacinthe" - en raison de la couleur de ses yeux. Cette danseuse franco-irlandaise fonde à tout juste 22 ans la troupe des Bluebell girls en recrutant des danseuses professionnelles trop grandes pour intégrer un corps de ballet traditionnel. Cette troupe est devenue au fil des années indissociable du nom du Lido. 

La revue Paris Merveilles que nous découvrons ce soir est la 27e de l'histoire du célèbre cabaret, inaugurée en 2015 après plusieurs mois de travaux pour adapter le plateau aux exigences techniques du spectacle. Dans un décor très années 30, le spectateur est accueilli à la lueur de lustres à pampilles - spoiler alert -  qui s'escamotent au début du spectacle pour dégager la vue sur la scène,. Un procédé, somme toute, simple, mais qui plonge d'emblée dans la magie du spectacle. 

Le spectateur suit la métamorphose d'une jeune femme un peu guindée - tailleur strict, chignon et lunettes - qui va peu à peu se transformer en Bluebell girl. Avec cette revue, le Lido joue sur un double tableau,  assumant à la fois ses origines danse classique et une identité très rive droite : c'est la parisienne qui est ici mise en avant, libre, élégante et sexy à la fois. Les chansons, interprétées pour la plupart par une chanteuse en marge du corps de ballet, évoquent Lady Paris, la parisienne ou encore les diamants de la place Vendôme.

Si certains tableaux prennent leur inspiration dans le répertoire classique - entre autres, le Lac des cygnes - l'ensemble sait aussi faire la part belle aux danses de couples et à une créativité certaine, avec par exemple des effets d'ombres chinoises très réussis, ou encore l'utilisation des nouvelles machineries pour faire surgir des éléments du dessous de la scène. 

La présence, en nombre, d'écrans et de vidéos façon trompe-l'oeil s'avère un habile moyen d'agrandir les dimensions de la scène et d'ajouter au décor. Toutefois, on peut reprocher au procédé, utilisé de façon systématique, d'attirer un peu trop l'oeil du spectateur, notamment pendant les numéros d'acrobates qui peinent, du coup, à capter l'attention malgré des figures complexes. 

On se prend à observer toutes les danseuses : ici, elles ne sont pas coiffées et maquillées à l'identique, ce qui permet de les identifier. On parvient à discerner des individualités dans l'ensemble : celle-ci a les cheveux courts, celle-là un sourire plus lumineux, une autre a plus de douceur dans son geste. Et malgré les canons de beauté similaires - une silhouette élancée et fine, minimum 1,75 mètres - on remarque les corps eux-mêmes par la différence de leurs courbes.  

En alternant moments plus cadencés avec instants plus poétiques - le fantastique mime - cette revue joue sur les différences de rythme. Un effet qui pourra être vu, selon l'humeur, comme une baisse de régime, tout autant que comme une habile façon de varier l'esprit des numéros. Avec Paris Merveilles, c'est la mise en lumière - clichée, mais efficace - d'une certaine idée de la magie parisienne, assumant pleinement son image de cabaret chic à la française, quitte à être - comme dans le cancan -  un poil trop sage. 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 4/5

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