Opéra rediffusion cinéma - ROH live - Royal Opera House Londres - Faust

 

De Charles-François Gounod  

Au Royal Opera House de Londres et au cinéma via ROH live 

Direction musicale : Dan Ettinger

Mise en scène David McVicar

 

Distribution

Faust : Michael Fabiano 

Méphistophélès : Erwin Schrott 

Marguerite : Irina Lungu 

Wagner : Germán E. Alcántara

Valentin : Stéphane Degout 

Siébel : Martha Fontanal-Simmons 

Marthe Schwertlein : Carole Wilson 

Danseuse étoile : Megan Griffiths

Danseur étoile : Yasset Roldan 

Choeur et orchestre du Royal Opera House 

 

Depuis quelques années, je suis une spectatrice régulière d'opéras retransmis au cinéma. Pourtant, au début, je doutais du procédé ! Et puis, j'ai assisté pour la première fois aux Noces de Figaro en direct de Londres, et j'y ai adhéré - presque - sans réserves !  J'ai donc parcouru les différentes offres disponibles à Paris pour faire un petit comparatif mais finalement, l'offre ROH Live reste ma préférée, et de plus, elle est la moins coûteuse. 

Il y a deux semaines, c'est donc avec Faust que j'avais rendez-vous. Nul besoin de traverser la Manche, tout juste la Seine, pour me rendre au cinéma Publicis des Champs Elysées, que j'affectionne particulièrement pour le confort de ses sièges - et pour les M&M's au beurre de cacahuète que je ne trouve nulle part ailleurs qu'au store, mais c'est une autre histoire. Pour une fois, je ne suis pas seule dans mon voyage par écran interposé, j'embarque une camarade d'opérette avec moi, musicienne et chanteuse lyrique. De quoi m'aider à confirmer mes impressions et mes questions d'ordre technique en cas de besoin. 

ROH live - Royal Opera House Londres - Faust - Gounod - McVicar

Faust, vu par Gounod, c'est le grand opéra à la française, mais, pour tout vous avouer, pas vraiment mon oeuvre favorite. Entendons-nous bien : la musique est magnifique, tout comme les airs pris individuellement, mais sa dramaturgie générale ne me touche pas plus que cela. 

J'admire la capacité de David McVicar à mettre en scène toutes les nuances des opéras qu'on lui confie, n'hésitant pas à exacerber les scènes de foule pour mieux créer des espaces plus intimes lorsque la dramaturgie et l'émotion le demandent. On sent qu'il ne plaque pas sur l'oeuvre une vision, mais qu'il cherche - chose qui me semble rare - à s'adapter aux contraintes qu'elle lui impose. Mais surtout, ce sont tous les menus - et j'imagine précis - détails de jeu qu'il demande à la distribution qui me rend son travail particulièrement sympathique, de ces petites choses à priori insignifiantes, mais qui rendent les personnages tellement plus humain et l'ensemble tellement plus crédible. 

ROH live - Royal Opera House Londres - Faust - Gounod - McVicar

Ici, le spectateur est plongé dans le Paris de la fin du 19e siècle, et ses contradictions : entre goût pour les plaisirs et austère piété, entre lieux de débauche et saintes églises, dans une société où les femmes elle-mêmes ne pouvaient être que putain vouée aux enfers ou pieuse mère et épouse. Le décor reflète cette dualité : à jardin, le velours rouge d'une loge d'opéra, à cour, l'orgue monumental d'une église.

On attendait Diana Damrau en Marguerite, mais la soprano allemande a dû renoncer à cette production pour raisons médicales. C'est donc à Irina Lungu que revient la lourde tâche de la remplacer dans le rôle de la belle et pieuse jeune fille que Méphistophélès et Faust vont tenter - et réussir, dans une certaine mesure - à corrompre. C'est Michael Fabiano qui endosse le rôle de Faust. Un couple Faust-Marguerite auquel je n'ai pas grand-chose à reprocher vocalement - on remarquera par exemple la diction très soignée du ténor américain - mais que j'ai eu peine à trouver réellement convaincant en termes de jeu, individuellement, ou ensemble. 

ROH live - Royal Opera House Londres - Faust - Gounod - McVicar - Irina Lungu et Michael Fabiano

Ce fait est d'autant plus regrettable - et visible - que le reste de la distribution crève l'écran. Erwin Schrott campe un Méphistophélès tout à la fois charmeur et diabolique, souriant et menaçant, farceur et sarcastique. Il chante avec un naturel et une apparence de facilité déconcertantes, assume les facéties de son personnages et si ce n'est une diction assez fortement teintée d'accent espagnol - mais le français est particulièrement difficile à chanter - on aurait bien peine à critiquer quoi que ce soit. Quant à notre Stéphane Degout national,  dans le rôle de Valentin, je suis comme à chaque fois que j'ai l'occasion de l'entendre, stupéfaite par sa maîtrise vocale sans esbroufe, mais toujours très sûre, et son jeu impeccable. 

Comme à son ordinaire, David McVicar assume une belle mise en scène qui, sans être sage, sait distiller habilement ce qu'il faut d'excès pour rendre, par exemple, toute la perversité de Méphistophélès. La distribution fait vocalement honneur à l'oeuvre, même si, selon moi, il aurait fallu un je ne sais quoi d'émotion à Faust et Marguerite pour véritablement rendre cette représentation exceptionnelle. 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 4/5

https://www.rohcinema.fr/

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