Otello de Verdi à L'opéra Bastille

De Giuseppe Verdi 

A l'Opéra Bastille du 7 mars au 7 avril 2019 

Direction musicale : Bertrand de Billy 

Mise en scène Andrei Serban

 

Distribution

Otello : Roberto Alagna 

Desdemona : Aleksandra Kurzak 

Iago : George Gagnidze

Cassio : Frédéric Antoun 

Roderigo : Alessandro Liberatore 

Lodovico : Paul Gay 

Montano : Thomas Dear 

Emilia : Marie Gautrot 

Un Hérault : Florent Mbia 

 

Quand Verdi s'inspire de Shakespeare, comment pourrais-je résister à la tentation de passer une soirée avec mon compositeur favori et mon dramaturge anglais préféré ? D'autant qu'en tête de la distribution figure Roberto Alagna, un artiste que je n'ai commencé à apprécier que relativement récemment (je vous expliquais ça juste ) et Aleksandra Kurzak. 

Othello, chez Shakespeare c'est le formidable drame de la jalousie. Celle qui ronge le perfide Iago, tout d'abord, et qui le pousse à verser, par vengeance, le doute dans l'oreille et le coeur d'Othello, général au service de Venise : son épouse Desdémone ne serait-elle pas un peu trop proche du fringant capitaine Cassio? Othello refuse tout d'abord d'y croire, puis, peu à peu, le poison distillé par Iago se répand inexorablement dans son esprit jusqu'à ce que, consumé par la jalousie, il finisse par commettre l'irréparable.

Avis opéra Otello de Verdi à L'opéra Bastille - Roberto Alagna

Verdi était un grand admirateur de Shakespeare et de la puissance dramatique de ses oeuvres qu'il a adaptées à plusieurs reprises à l'opéra. Et ce fait n'est sans doute pas entièrement étranger au fait que Verdi m'ait tout de suite plu quand j'ai commencé à m'y intéresser. Mais revenons à cet Otello

L'ouverture brille par son absence dans cette oeuvre. D'emblée c'est la violence de la tempête, le fracas du tonnerre et l'angoisse de la garnison guettant sur les remparts le navire de son commandant qui prend le spectateur par surprise. La mise en scène d'Andrei Serban ménage quelques beaux effets comme le grand feu de joie ou encore les projections vidéos de la tempête. Mais surtout, elle parvient à surmonter une des difficultés majeures de cette oeuvre : plusieurs scènes clés reposent sur le procédé d'un personnage en écoutant un autre à son insu. Cela est toujours complexe à mettre en scène de façon crédible. La question a été ici résolue au moyen de grands voiles qui divisent l'espace sans le réduire et permettent au spectateur omniscient de suivre l'action. Une heureuse idée pour une mise en scène que j'ai trouvée convaincante, et qui sans être exceptionnellement belle ou surprenante a le mérite - rare - de servir l'oeuvre plus qu'elle-même. 

opéra : Otello de Verdi à L'opéra Bastille - Roberto Alagna et Aleksandra Kurzac

Roberto Alagna et Aleksandra Kurzak incarnent donc Othello et la chaste Desdémone avec l'engagement qu'on leur connaît. Annoncé souffrant lors de la générale - j'ai vu le spectacle quelques jours plus tard le 7 mars -  le ténor semble rétabli sur la première partie du spectacle. Après l'entracte, toutefois, la voix commence à s'érailler dans le médium bas, me faisant quelques frayeurs : entendre lutter un chanteur m'a toujours angoissé, j'ai peur pour lui. Sur la corde raide, Alagna, par sa technique, son expérience et son jeu impeccable, parvient à transformer cette difficulté en supplément d'émotion, tirant habilement parti de ces fragilités dans la scène finale. Mais celle qui a réussi à me tirer des larmes ce soir-là, c'est Aleksandra Kurzak. Avec la chanson du saule, puis la prière - deux airs qui tournent trop souvent à la démonstration technique - la soprano réussit à montrer toute la douleur de son personnage. Des minutes déchirantes. 

J'ai passé une bonne soirée avec cet Otello. Peut être pas une des plus mémorables qu'il m'ait été donné de vivre et d'entendre, mais de celles où tout concorde à se mettre au service d'une oeuvre puissante, dont l'intensité dramatique se suffit quasiment à elle-même et qui gagne à être présentée sobrement.  

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 4/5

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