Au Musée du Louvre

Du 29 mars au 23 juillet 2018

 

Cela fait longtemps que j'aime Delacroix: la force de sa peinture, sa violence, même, tout cela a depuis longtemps fait impression sur la romantique-qui-ne-s'assume-pas-vraiment que je suis. Toujours est-il que, mon métier de guide aidant, j'avais fini par oublier quelque peu l'émotion que me procurait sa peinture, à force de passer et repasser inlassablement devant la Liberté guidant le peuple ou La mort de Sardanapale dans la lumière assez peu flatteuse des grandes salles du Louvre.

Quand l'exposition a été inaugurée, j'avais décidé de laisser passer la cohue des premieres semaines avant de m'y risquer. La saison haute aidant, et le rythme des visites s’accélérant de mon côté, je n'avais pas encore trouvé le temps d'y aller, jusqu'à ce qu'une affiche avec la mention "derniers jours" ne me rappelle à l'ordre. Profitant d'un instant de répit, j'ai décidé de troquer mon rôle habituel pour redevenir, le temps d'une matinée, une visiteuse ordinaire.

Premier choc : le regard du jeune Delacroix qui accueille le visiteur. Un visage qui semble sortir de l'ombre, comme éclairé par une simple bougie : quelle force déjà dans cet autoportrait de jeunesse ! Comme on y lit dans ce regard décidé, presque féroce, toute la détermination du jeune peintre à reconquérir une gloire dont la chute de Napoléon a privé sa famille !

Puis, le visiteur découvre – ou redécouvre – quelques-uns des tableaux qui ont fait la célébrité du peintre : Virgile et Dante aux enfers, Les massacres de Scio, ou encore La liberté guidant le peuple. Exposées sur fond ardoise et éclairées avantageusement, ces peintures réapparaissent dans leur pleine beauté.

L'occasion de réaliser qu'à force d'étudier ces oeuvres, j'en avais presque oublié de les observer!  Ici, libérée des contraintes de temps inhérentes à mon métier, je redécouvre ce qui m'avait tant plu chez Delacroix : un sens de l'expression fabuleux et ce rouge - ce rouge surtout- qui confèrent à la moindre nature morte ou esquisse une force peu commune.

Et voilà, juste comme ça, me revoilà en train de tomber amoureuse de Delacroix. Et comme si cela ne suffisait pas à mon coeur d'artichaut, il me porte le coup de grâce avec ses sujets tirés des oeuvres de Shakespeare... comment voulez-vous que je résiste à ça ? Hamlet, Othello, rien que ça ! Et lorsque ce n'est pas ce cher Will, ce sont d'autres auteurs d'histoires tragiques : Lord Byron ou encore Walter Scott. Delacroix se représentera par exemple en Edgar Ravenwood. Un coup d'oeil à son histoire familiale suffit pour comprendre : qui mieux que lui aurait pu s'identifier à l'héritier déchu de La Fiancée de Lammermoor ?

Entre orientalisme et influences baroques ou anglaises, cette exposition présente de façon assez complète l'oeuvre de Delacroix, entre toiles célèbres et évocation de pans plus méconnus : qui se souvient de ses paysages, ou encore de ses natures mortes ? Parmi les objets exposés, on trouve également des carnets de voyage et des lettres, de quoi méditer sur l'inégalable charme des grandes correspondances d'antan.

Il ne vous reste que jusqu'au 23 juillet pour découvrir cette exposition. A titre d'information, la dernière grande rétrospective de Delacroix datait de 1963, donc si vous loupez celle-ci, la prochaine ne sera sans doute pas pour tout de suite!

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 5/5 

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