Exposition - Parfums de Chine - La culture de l'encens au temps des empereurs - Musée Cernuschi Paris - Affiche

Au Musée Cernuschi 

Du 9 mars au 26 août 2018 

Certains sujets se prêtent moins spontanément à la création d'une exposition : le parfum est de ceux-là. Sous quel angle aborder quelque chose d'aussi impalpable, évanescent ? Le grand musée du parfum, que j'avais visité l'an dernier, avait par exemple opté pour une logique presque entièrement olfactive. Mais lorsqu'un musée possède ses propres collections, comment présenter le sujet sans tomber dans la surenchère d'objets divers et donner du sens au parcours du visiteur ? 

C'est au Musée Cernuschi de soulever cette année la question, avec l'exposition Parfums de Chine : la culture de l'encens au temps des empereurs. Ce lieu, situé en lisière du très chic parc Monceau, a fait le choix d'une approche historique, nous entraînant dans un voyage de vingt-trois siècles à la découverte des fragrances de l'empire du milieu.

Avis exposition : Parfums de Chine - La culture de l'encens au temps des empereurs - Musée Cernuschi Paris - Le blog d'Akialam

Pour le visiteur ne connaissant pas grand chose de la culture et de l'histoire chinoises - parmi lesquels je me range - l'ampleur du sujet peut effrayer, de prime abord. Il peut même sembler très technique, d'autant que la chronologie proposée est tellement longue que l'on craint, au départ, de s'y perdre. 

Paradoxalement, c'est grâce à cette période extrêmement étendue que l'exposition peut se permettre de consacrer une ou plusieurs salles à chaque dynastie d'empereurs. Cette division très large - plusieurs siècles à chaque fois - évite l'écueil d'un discours réservé uniquement aux initiés et permet également au néophyte de se familiariser avec la chronologie chinoise. 

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La première salle évoquera donc l'encens sous les Han et les Tang, au travers de ses usages rituels et profanes, puis, dans le deuxième espace, ses liens étroits avec la culture des lettrés sous les Song et les Yuan, époque qui correspond environ à la seconde moitié du moyen-âge en Occident. 

La partie centrale de l'exposition est ensuite consacrée à plusieurs lieux où l'on faisait usage de l'encens sous la dynastie Ming : le studio du lettré, la dévotion des particuliers, la chambre et quartiers privés. On comprend ici à quel point pour l'intellectuel chinois de l'époque, l'encens est intimement lié à la création d'un environnement propice à l'étude, l'écriture ou encore la méditation. 

Avis exposition : Parfums de Chine - La culture de l'encens au temps des empereurs - Musée Cernuschi Paris - bourse à parfums

Du côté des particuliers, l'exposition présente des objets liés à un usage de l'encens sur les autels domestiques, puis, de façon plus intime, à la toilette et au parfum du corps et des habits. Les fragrances peuvent alors être mélangées au bain, brûlées pour fumiger les vêtements, ou encore portées dans de petites bourses à parfum. 

Enfin, la dernière partie s'intéresse à l'encens à la Cour et à la créativité des objets liés à son usage sous les Qing, dernière dynastie à régner sur la Chine jusqu'à la veille de la Première guerre mondiale. On y verra par exemple un éventail décoré d'éléments sculptés dans des matières odorantes, des maximes évoquant le sens de l'odorat, ou encore un mobilier typique de l'époque, parmi lesquels une table dont la seule fonction est de porter l'incontournable brûle-parfum. 

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Mais à quoi, concrètement, ressemblaient les parfums prisés par les Chinois au cours des siècles passés ? Afin de répondre à cette question, le Musée Cernuschi s'est associé à la maison Dior pour recréer des compositions à partir de recettes anciennes. Le processus a été complexe, à commencer par la traduction de textes souvent vieux de plusieurs siècles. Puis, une fois tranchées les questions de vocabulaire botanique, il a fallu convertir les dosages et rassembler les éléments nécessaires, dont certains se sont avérés impossibles à trouver aujourd'hui. Enfin, la question de l'intensité des ingrédients a également été soulevée, car sous leur forme moderne, certaines essences sont plus puissantes qu'autrefois.

Chaque salle propose donc au nez du visiteur une borne olfactive réinterprétant un parfum emblématique de la période présentée, et détaillant sa composition. Le résultat est assez surprenant, voire parfois assez peu agréable, tant il est différent de ce à quoi nous sommes habitués aujourd'hui en occident - je ne saurais vous dire pour d'autres régions du monde - mais il est sûr que je n'en porterais aucun ! Cela vaut toutefois bien évidemment le détour, par curiosité et c'est bien la preuve, s'il en fallait, que les goûts et les odeurs sont incontestablement quelque chose de culturel. 

Avis exposition : Parfums de Chine - La culture de l'encens au temps des empereurs - Musée Cernuschi Paris - brule-parfum

Si l'exposition comporte - par la force des choses - un bon nombre de brûle-parfums, ce ne sont heureusement pas les seuls objets présentés. Puisée dans les collections du Musée Cernuschi, mais également dans celles du Musée de Shangaï, chaque pièce a été choisie pour son intérêt historique autant qu'esthétique, et l'on sent le soin apporté par les concepteurs du parcours à monter la plus grande diversité possible des formes et des matières. 

En résumé, voici une exposition qui pourra intéresser le visiteur néophyte - je ne suis pas en mesure de juger pour le connaisseur - à condition de ne pas s'arrêter à l'apparence ardue du sujet, et de s'accrocher un peu au départ. Mais l'effort en vaut la peine, foi de curieuse ! 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 3,5/5  

Plus d'informations sur le site du Musée Cernuschi 

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Catalogue de l'exposition
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