Les catacombes sont probablement l'un des lieux les plus intrigants de Paris : les photos de ces souterrains aux murs tapissés d'ossements sont incontestablement l'une des visions les plus frappantes et glaçantes - ajoutons quelque peu mortifère - de la capitale. Bien que j'écume Paris depuis près d'une dizaine d'années, c'est un endroit dont je connaissais l'existence mais où je n'avais jamais encore osé m'aventurer. Par crainte du lieu en lui-même, sans aucun doute, mais également de la charge émotionnelle. Bref : j'avais peur d'avoir peur. 

 

A l'occasion du réaménagement de la sortie des catacombes par l'agence Yoonseux ainsi que de la boutique conçue par Arteum - et en attendant le réaménagement de l'accès, à l'horizon 2019 -  j'ai reçu une invitation à découvrir les lieux. J'ai hésité un moment, mais étant une personne d'opportunités, je me suis dit qu'il s'agissait probablement de l'occasion qu'il m'avait manqué jusqu'ici pour découvrir ces lieux craints par avance et pourtant si attirants. 

 

Me voilà donc un beau matin, munie d'un badge décoré de crânes pailletés et d'une brochure explicative, plongeant à vingt mètres sous la surface à la suite de notre guide. A mesure que je m'enfonçais sous terre par cet escalier de 130 marches qui m'a paru interminable, l’inquiétude montant, je commençais peu à peu à me demander si j'avais eu raison d'accepter l'invitation, tout compte fait... 

Parvenue en bas, je découvre enfin les lieux, installés dans les anciennes carrières de calcaire creusées sous la ville. Techniquement, le nom de catacombes qu'on lui donne est d'ailleurs impropre : l'endroit n'a rien à voir avec celles de Rome, qui servent de lieu de sépulture depuis le premier siècle de notre ère. La création des catacombes de Paris est beaucoup plus récente et remonte seulement à la seconde moitié du 18e siècle. 

C'est peu avant la Révolution française que de nouvelles règles d'hygiène, issues des Lumières, vont préconiser l'ouverture de nouveaux cimetières hors des murs de la ville. Mais que faire des anciens lieux d'inhumation situés au coeur de la cité ? Suite à un éboulement qui provoque le déferlement du contenu d'une fosse dans les caves des maisons voisines du cimetière des Innocents - à deux pas du marché des Halles - le roi Louis XIV ordonne que l'on vide le cimetière et que l'on dépose les ossements dans les anciennes carrières du sud de la ville. Peu à peu, ils seront rejoints par le contenu de plusieurs autres charniers. 

Déposés ? Pas vraiment. On ne s'embarrasse pas, au départ, de la conservation des ossements qui sont jetés sans ménagement et en désordre par des puits débouchant dans les galeries. Ce n'est que 30 ans plus tard que l'inspecteur général des carrières, Héricart de Thury décide de l'aménager : il fait alors entasser les tibias et les crânes sous la forme de murs avec tout le goût que le 19e pouvait avoir pour le mortifère - mais n'est-ce pas le siècle du Romantisme? Le lieu ouvre au public en 1810. 

En réalité, on ne sait pas vraiment, aujourd'hui, combien de corps ont été déposés ici. Si certains avancent un chiffre de six millions, la plupart des historiens s'accordent à dire qu'il est à l'heure actuelle impossible de les dénombrer réellement.  

Le lieu est à la fois étrange, impressionnant, et terriblement fascinant. Curieusement je n'ai pas peur, même si j'imagine que la présence d'autres visiteurs et le discours du guide, qui occupe mon esprit, y sont pour quelque chose.

Au fond, ce sont deux autres émotions qui prédominent en moi : il tout d'abord le frisson des lieux historiques, auquel je suis toujours très sensible, car arpenter les couloirs des catacombes, c'est avant tout vagabonder dans le passé de Paris. 

Mais ce qui m’étreint le plus, de façon plus poignante que tous les discours historiques et plus forte que toutes les légendes qui courent sur le lieu, c'est que tous ces gens ont un jour été vivants. Ils ont marché dans les rues de Paris, ils ont ri, pleuré, aimé... c'est cette pensée qui m'occupe tout entière tout au long de ma remontée vers la surface. Je pense, divague, digresse mentalement en songeant aux récit des légendes grecques évoquant ceux qui parviennent à revenir du séjour des enfers. Je quitte presque à regret ce lieu dédié à la mort, et qui m'apparaît par contraste, célébrer la vie. 

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