Le retour d'Ulysse dans sa patrie

Publié le 21 Avril 2017

 

De Claudio Monteverdi

Au Théâtre des Champs-Elysées

Du 28 février au 13 mars 2017

 

Direction musicale : Emmanuelle Haïm
Mise en scène : Mariame Clément

 

Distribution

Ulysse : Rolando Villazón
Pénélope : Magdalena Kožená
Junon : Katherine Watson
Eumée : Kresimir Spicer
L’Amour / Minerve : Anne-Catherine Gillet
La Fortune / Mélantho : Isabelle Druet
La Fragilité humaine / Pisandre : Maarten Engeltjes
Le Temps / Antinoüs : Callum Thorpe
Jupiter / Amphinome : Lothar Odinius
Neptune : Jean Teitgen
Télémaque : Mathias Vidal
Eurymaque : Emiliano Gonzalez Toro
Irus : Jörg Schneider
Euryclée : Elodie Méchain

 

Le concert d'Astrée

 

Une ou deux fois par an, parmi les nombreux opéras proposés dans les grandes salles parisiennes, j'essaye d'aller voir un opéra différent de ce dont j'ai l'habitude. Après avoir jeté mon dévolu sur Wagner, j'ai choisi cette année de découvrir une oeuvre de Monterverdi. Non que j'aie un préjugé négatif à son égard, mais plutôt que je ne connaissais pas du tout. Et vous savez ma curiosité pour ce que j'ignore...

 

Monteverdi, c'est le tout début de l'opéra, l'époque ou l'on cherchait plus à reproduire l'antique manière de déclamer qu'à chanter. Résultat : ce Retour d'Ulysse en sa patrie est bien différent des opéras 19e que j'affectionne tout particulièrement. Ici, pas d'alternance récitatif / aria, pas d'air à proprement parler non plus, m'a t'il semblé, plutôt un long récit mis en musique.

 

Autre élément de surprise, les sonorités qui s'élèvent de l'orchestre. J'ai eu assez peu d'occasions d'entende "en vrai" des instruments anciens - la seule fois, me semble-t-il c'était avec Platée à l'Opéra Garnier - et je dois avouer qu'il y a une chaleur dans les instruments à vent, qui vient équilibrer le son très métallique du clavecin. Est-ce le style ? Le nombre relativement réduit de musiciens ?  Le son des instruments eux-mêmes ? Toujours est-il que  l'ensemble m'a semblé créer d'emblée une certaine intimité entre la scène et la salle. 

 

 

Côté distribution, j'ai particulièrement aimé la fluidité de Magdalena Kožená, qui déroule les textes de sa Pénélope tourmentée comme un long ruban sans fin. La Minerve d'Anne-Catherine Gillet est piquante, le berger Eumée d'une dignité fantastique, Irus le glouton quasi burlesque, et le couple vocal formé par Mélantho et Eurymaque de toute beauté. Seul l'Ulysse de Rolando Villazon - pourtant un des artistes que j'ai le plus apprécié sur scène ses dernières années - m'a semblé moins convaincant. Le personnage lui-même est usé, certes, mais la voix m'a semblé forcée - ou fatiguée - et j'ai eu du mal à lui reconnaître le timbre que je lui connaissais. 

 

La mise en scène, quant à elle, regorge - selon moi - de bonnes idées. Un plateau qui s'ouvre et un fond de scène qui s'avance, dévoilant tantôt la chambre conjugale, tantôt l'Olympe, reconverti pour l'occasion en bar de la Marine un peu sordide. Les Dieux s'y réunissent autour de bières plus que de nectar et d'ambroisie : Jupiter, patron du bar, Junon en serveuse, Neptune en vieux loup de mer, et une Minerve à la crinière blonde, très Madonna années 80. L'image est assez peu glorieuse, et ce la ne les rend que plus crédibles : après tout, les dieux gréco-romains n'étaient-ils pas affublés des mêmes défauts que les hommes, malgré leur puissance ? 

 

 

Au final, on est donc ici loin du tout dramatique. La production alterne moments sérieux et moments plus comiques - caractéristique de l'opéra baroque -  en s'appuyant sur les personnages, mais également au moyen de quelques touches d'humour bien placées : le canapé volant qui ramène Télémaque à Ithaque, la fléchette tombée par la fenêtre du bar par la maladresse d'un dieu devient un signe divin, les onomatopée issues des comics placent Ulysse, héros grec, à égalité avec nos super-héros modernes. Et pourquoi pas ?

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 4/5 

 

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