Le Misanthrope

Publié le 24 Février 2017

De Molière 

A la Comédie française 

Retransmission en direct via Pathé live 

Mise en scène de Clément Hervieu-Léger 

 

Distribution

Alceste : Loïc Corbery

Philinte : Éric Génovèse

Oronte : Serge Bagdassarian

Célimène : Adeline d'Hermy

Eliante : Jennifer Decker

Arsinoé : Florence Viala

Acaste : Christophe Montenez

Clitandre : Pierre Hancisse

Du Bois : Gilles David

Basque : Yves Gasc

Domestiques et gardes : Tristan Cottin, Marina Cappe, Ji Su Jeong, Amaranta Kun et Axel Mandron 

 

Cela fait très longtemps que je ne suis pas allée à la Comédie française. Depuis que l'opéra est entré dans ma vie, j'ai eu tendance à délaisser le théâtre pour aller user mon compte en banque, mes éventails et mes jumelles sur les fauteuils de l'Opéra Bastille ou du Théâtre des champs Elysées. Parfois, il me vient un certain remords de mettre de côté mes anciennes amours au profit des nouvelles, mais que voulez-vous ? Il faut bien raisonnablement faire des choix. 

 

Aussi, lorsque j'ai reçu il y a peu, une invitation à assister à la représentation du Misanthrope de la Comédie française, en direct et au cinéma, j'y ai vu l'occasion de faire taire un peu mon sentiment de culpabilité envers le théâtre, autant que de découvrir cette nouvelle production. 

 

 

Cela fait un peu plus d'un an que je fréquente de temps à autres les salles de cinéma pour découvrir des lives d'opéra. Au départ dubitative, j'ai peu à peu pris goût au procédé, et c'est la première fois que tente l'expérience avec le théâtre. 

 

Avec le Misanthrope, c'est en quelque sorte pour moi un retour aux sources : Molière est le premier auteur que j'ai découvert, et dont je montais des scénettes à l'école primaire, sans doute davantage pour le plaisir de la langue et de ses effets comiques qu'avec une compréhension réelle du texte, à l'époque. C'est donc avec un grand plaisir que mes pas me mènent pour la deuxième fois en quelques semaines - après le Roméo et Juliette du Met - au Gaumont opéra. 

 

 

Ce qui est particulièrement intéressant, avec cette production, c'est la façon dont le texte a entièrement été décortiqué, décomposé, pour laisser paraître des intentions à chaque morceau. Le procédé en rompant avec les codes rythmiques des vers, donne un aspect plus contemporain, plus naturel, oserais-je dire, au langage du 17e. Il y a cependant, même avec ces changements, un "style" comédie française, immédiatement palpable, et que l'on aime ou que l'on décrie, c'est selon. Pour autant, la performance théâtrale me semble toujours relever d'une merveilleuse alchimie, un peu magique : malgré le texte en vers, le langage d'une autre époque, malgré tous les artifices de la voix ou de la mise en scène, à un moment donné, l'ensemble prend vie avec une apparence de naturel criant. La douleur, la colère, la tendresse provoquent parfois ce sentiment de gène du spectateur qui croit, l'espace d'un moment, assister à quelque chose de réel. C'est, me semble-t-il, tout le miracle du spectacle vivant, qui j'espère, ne cessera jamais de m'émouvoir. 

 

Les costumes et les décors sont contemporains pour mieux rendre l'actualité sans cesse renouvelée du sens du texte. Quant à la mise en scène, elle se garde bien de tout sensationnalisme : d'une précision que l'on sent millimétrée, elle se met entièrement au service de l'oeuvre sans tenter de briller par elle-même. C'est intelligent, humble, émouvant et efficace. 

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 4,5/5

 

Vous pouvez découvrir le Misanthrope à la Comédie française jusqu'au 26 mars 2017 et au cinéma en direct ou en différé jusqu'au 30 juin 2017.

 

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