Ma vie de Courgette

Publié le 19 Octobre 2016

De Claude Barras 

Sortie le 19 octobre 2016 

 

Courgette n'a rien d'un légume, c'est un vaillant petit garçon. Il croit qu'il est seul au monde quand il perd sa mère. Mais c'est sans compter sur les rencontres qu'il va faire dans sa nouvelle vie au foyer pour enfants. Simon, Ahmed, Jujube, Alice et Béatrice : ils ont tous leurs histoires et elles sont aussi dures qu'ils sont tendres. Et puis il y a cette fille, Camille. Quand on a 10 ans, avoir une bande de copains, tomber amoureux, il y en a des choses à découvrir et à apprendre. Et pourquoi pas, même, être heureux. 

 

 

 

Comment aborder un sujet aussi dur que celui l'enfance meurtrie, brisée par le deuil, la négligence, la maltraitance, la violence, les abus en tout genre ? Contre toute attente, au lieu du drame que le thème aurait pu imposer de lui même, c'est la forme du film d'animation qui a été ici choisi. Un récit que l'on pourrait croire, de par sa forme, exclusivement destiné aux enfants, mais dont le fond est bien plus riche que les trames habituellement servies aux plus jeunes. 

 

Le sujet est donc douloureux, voire cruel, mais est traité à hauteur d'enfant, avec humour, justement, et surtout, avec leurs mots à eux. Si les adultes comprendront l'ampleur des traumatismes, les petits spectateurs n'en saisiront probablement que l'impression de gravité.  Rien n'est jamais montré, tout est suggéré, et la douleur même des petits pensionnaires du foyer est pudique : ces enfants que les événements ont fait souffrir trop tôt et grandir trop vite se sont forgés une carapace qu'il faut du temps pour briser. 

 

 

C'est au foyer des Fontaines que le travail et l'attention d'adultes bienveillants vont permettre à ces enfants de se reconstruire peu à peu, d'apprendre à faire confiance à nouveau, et de retrouver un peu de cette enfance qu'on leur a volé. Ils vont apprendre, rire, prendre soin les uns des autres, aussi, et faire de nouvelles découvertes. Ce qui frappe, c'est l'injustice de leur situation, dont ils s'aperçoivent lorsqu'ils sortent un moment de la bulle protectrice du foyer. Je pense notamment à une scène poignante où Courgette et ses amis observent une petite fille tomber et être consolée par sa maman. On y sent tout le désir, peut-être même la colère d'être, par simple hasard, tombé dans la mauvaise famille.

 

Toutefois, l'ensemble n'est pas dénué d'espoir. Les enfants demeurent des enfants et vont finalement réussir à vivre heureux dans ce foyer, entouré d'amis qui les comprennent et d'adultes bienveillants et aimants. Rien n'est facile, mais cela va mieux, et rien ne fait penser que la suite n'est pas plus belle encore. Ils resteront fragiles, secoués par leurs traumatismes, mais l'espoir d'une vie plus normale et la perspective du bonheur sont possibles, avec le temps. 

  

 

Un film dont l'apparente naïveté dans la forme, l'humour, même, contrastent avec la cruauté du propos, pourtant pleine d'espérance, sans défaitisme, sans déterminisme. On en ressort profondément touché, révolté par l'injustice de la naissance et assez confiant dans l'idée que l'amour reste le meilleur remède à apporter à ces situations insupportables. 

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 4,5/5

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