Comancheria

Publié le 7 Septembre 2016

David Mackenzie

 

 

Après la mort de leur mère, deux frères organisent une série de braquages, visant uniquement les agences d’une même banque. Ils n’ont que quelques jours pour éviter la saisie de leur propriété familiale, et comptent rembourser la banque avec son propre argent. À leurs trousses, un ranger bientôt à la retraite et son adjoint, bien décidés à les arrêter.

 

 

 

 

 

 

A mi-chemin entre le film de braquage et le western, Comancheria nous emmene sur les routes et dans les paysages déserts du fin fond du Texas. Quasiment intemporels, les clichés s'égrennent au fil des images : cowboys, indiens, pétrole, musique country, ranches et flingues. Même les valeurs semblent immuables, entre liberté et famille, avec toujours cet esprit de rebellion face à l'autorité ou au pouvoir, qu'il sagisse de celle de la police, ou de celui des banques qui profitent de la crise et du taux de chômage pour faire main basse sur les dernières possessions des habitants. 

 

Sur ces terres rudes, arrachées aux Indiens comanches, règne une impression de fatalité, immuable, d'un mauvais sort. Ici, le sentimentalisme n'a pas sa place. La vie est rude, et l'attachement se prouve en actes bien plus qu'en vaines paroles : les silences et les sous-entendus sont bien plus éloquents.

 

C'est autour de quatre personnages que va se nouer l'intrigue : d'un côté deux frères, tentant de réunir l'argent nécessaire pour sauver le ranch familial de la saisie, de l'autre un ranger près de la retraite et son adjoint indien. Un jeu du chat et de la souris - ou plutôt du crotale et de la souris - dont l'issue ne saurait qu'être fatale. 

 

Les deux frères ne sortent pas du droit chemin par gaité de coeur. Ils n'ont pas le choix. Portés par la volonté farouche du cadet d'offrir aux siens une vie moins misérable, ils vont méthodiquement tenter de réunir la somme nécessaire au remboursement des traites, avec, toujours, la conscience aigüe qu'il devront répondre de leurs crimes. Mais l'essentiel, l'espoir et l'avenir des leurs, sera sauf. L'enquêteur - Jeff Bridges, magistral - comble sa peur de l'inactivité et de la solitude sous un air de vieux bougon, dont le seul plaisir semble de prendre pour cible son adjoint, à grand renfort de blagues souvent douteuses sur les Indiens.  

 

Les personnages sont parfois drôles malgré eux, cyniques et pourtant souvent plus graves et sensibles qu'il n'y paraît. D'ailleurs, aucun jugement n'est porté ni sur les uns, ni sur les autres et chacun suit ce qu'il pense être son devoir : droits dans leurs santiags, ils montrent tous une immense dignité jusque dans leur chagrin ou leur désespoir. 

 

Avec ses paysages d'une beauté aride et désolée, traversés par des hommes au caractère bien trempé, Comancheria réussit à condenser tous les codes du western et du film de braquage mais pas seulement : il y mêle des personnages à la profondeur humaine touchante, qui vont bien au-delà des clichés sur le Sud américain. 

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 4/5

Commenter cet article