Cézanne et moi

Publié le 18 Septembre 2016

De Danièle Thompson 

Sortie le 21 septembre 

 

Ils s’aimaient comme on aime à treize ans : révoltes, curiosité, espoirs, doutes, filles, rêves de gloires, ils partageaient tout. Paul est riche. Emile est pauvre. Ils quittent Aix, « montent » à Paris, pénètrent dans l’intimité de ceux de Montmartre et des Batignolles. Tous hantent les mêmes lieux, dorment avec les mêmes femmes, crachent sur les bourgeois qui le leur rendent bien, se baignent nus, crèvent de faim puis mangent trop, boivent de l’absinthe, dessinent le jour des modèles qu’ils caressent la nuit, font trente heures de train pour un coucher de soleil... Aujourd’hui Paul est peintre. Emile est écrivain. La gloire est passée sans regarder Paul. Emile lui a tout : la renommée, l’argent une femme parfaite que Paul a aimé avant lui. Ils se jugent, s’admirent, s’affrontent. Ils se perdent, se retrouvent, comme un couple qui n’arrive pas à cesser de s’aimer.

 

 

Saviez-vous que Cézanne et Zola étaient amis d'enfance ? Qu'ils avaient partagé leurs jeux adolescents sous le soleil d'Aix-en-Provence et les premières désillusions de leurs espoirs d'artistes sous la grisaille parisienne ? Une amitié que pour ma part, j'ignorais complètement. 

 

Cézanne ! Zola ! Ce n'est pas rien ! Deux monuments de l'art et de la littérature de la deuxième moitié du 19e siècle, dans une France en plein bouleversement social, économique, politique, et artistique, bien entendu. Et dans ce bouillonnement, les deux hommes vont croiser les destins d'autres noms qui deviendront tout aussi emblématiques, parmi lesquels Pissaro, Maupassant, Valladon ou encore Manet. 

 

Et puis, "la fâcherie". Une brouille qui semble devoir beaucoup à la publication du roman L'oeuvre de Zola, dont le personnage principal - un peintre maudit - reflète Cézanne d'un peu trop près. Mais ce n'est probablement que la goutte d'eau qui fait déborder le vase, tant l'amitié qui les lie s'avère tumultueuse : la faute aux femmes peut-être, mais également au caractère explosif d'un Cézanne incapable de diplomatie et en proie permanente au doute. Le peintre casse, déchire, poignarde ses toiles, s'échauffe, s'énerve, tempête sans se soucier de son entourage. 

 

C'est autour d'une dernière rencontre, probablement fictive, que va se construire Cézanne et moi, faisant revivre par bribes les souvenirs de l'un et de l'autre, mais surtout les souvenirs partagés, témoignages d'une amitié profonde non dénuée d'une certaine cruauté. Fondés sur l'abondante correspondance entre les deux hommes, mais également celle de leurs amis, les dialogues explorent la relation complexe entre Emile et Paul, entre Zola et Cézanne, se soutenant parfois envers et contre tous, rendant parfois blessure pour blessure. 

 

Pour incarner la force tranquille de l'écrivain et la colère bouillonnante de Cézanne, Daniel Thompson a choisi Guillaume Canet et Guillaume Gallienne. Les deux comédiens sont si investis qu'on oublie vite leurs traits pour ne plus voir que les personnages : leurs rancunes lorsque la trajectoire ascendante de l'un croise celle, descendante de l'autre, l'amitié qu'ils éprouvent l'un pour l'autre, leur opposition parfois frontale, tout s'entremêle, et plusieurs scènes sont superbes.

 

Malheureusement, mon enthousiasme a été tempéré par le rythme et le montage du film. Tantôt trop brutal dans ses transitions, tantôt trop mou, l'ensemble peine à soutenir l'émotion créée par les comédiens et la réalisation. De la même manière, un sentiment de fouillis s'empare de certains passages, notamment ceux évoquant la Bohème et les autres artistes que côtoyaient Cézanne et Zola, rendant difficile l'identification formelle de nombre de leurs amis, malgré la pléthore de noms jetés ça et là. J'ai finalement compris qui étaient Manet et Pissaro, mais c'est à peu près tout. 

 

Des dialogues affûtés, des acteurs méconnaissables, malheureusement desservis par un résultat brouillon qui sape l'alchimie entre chaque scène mémorable. 

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 3/5

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