La forêt de quinconces

Publié le 16 Août 2016

De Grégoire Leprince-Ringuet 

 

 

Ondine et Paul se sont aimés. Quand elle le quitte, il jure qu'il n'aimera plus. Pour se le prouver, il poursuit la belle Camille, qu'il compte séduire et délaisser.
Mais Camille envoûte Paul qu'elle désire pour elle seule.
Et tandis qu'il succombe au charme de Camille, Paul affronte le souvenir de son amour passé.

 

 

 

 

 

 

 

Il est des objets cinématographiques à part, qui divisent, sans pour autant laisser indifférents. La forêt de quinconces semble de ceux-là, tant les avis que j'ai pu entendre autour de moi divergent. Son concept rebute ou emporte, c'est selon, sans que nul cependant ne conteste son originalité.

 

Et de quoi s'agit-il, justement ? Tout est parti d'une série de textes en vers écrits par Grégoire Leprince-Ringuet, que l'on avait déjà pu découvrir dans Les chansons d'amour ou La Princesse de Montpensier, et qui coiffe ici la triple casquette d'auteur, réalisateur et acteur. Autour de ses textes, il va ainsi construire une histoire : celle d'un jeune homme pris en tenaille entre la femme qu'il a aimée et une nouvelle conquête, entre la souffrance d'être quitté et l'envie de faire souffrir à son tour.

 

 

La forme délicieusement surannée des alexandrins et octosyllabes donne soudain à cette romance contemporaine - dont la trame est pourtant intemporelle - des airs de tragédie classique. Pour être entièrement honnête, avant de jeter un oeil à la genèse du film, j'ai tout d'abord cru qu'il s'agissait d'extraits de pièces de théâtre déjà existantes mises ensemble pour créer quelque chose de nouveau.

 

De ce rythme de la langue si particulier, il découle un décalage poétique qui laisse la place à l'imaginaire, à la magie, à des symboles parfois plus ou moins obscurs, mais qui finissent toujours par trouver leur sens sur l'ensemble du film.

 

 

Un résultat attachant et atypique, parfois gentiment maladroit - mais quoi de normal pour un premier film que de chercher ses marques ? Paul voudrait haïr les femmes, mais n'y arrive pas. Comme si cette haine pouvait lui permettre d'échapper à ses propres blessures...

 

C'est autour d'une demi-douzaine de personnages, chacun rappelant un archétype théâtral revisité - l'amoureux, la confidente, la magicienne, l'amante, le destin (incroyable Thierry Hancisse) - que se construit cette histoire à cheval entre passé et présent mais aux sentiments si universels qu'au fond, sa temporalité importe peu. 

 

 

Si elle comporte encore quelques maladresses, surtout ressenties dans les transitions d'une scène à l'autre, j'ai beaucoup aimé cette Forêt de Quinconces pour la beauté un peu perverse de ses ruptures, la magie trouble de ses rencontres, mais aussi ce langage rythmé, presque chaloupé, par les rimes et les vers. Un film poétique - dans les deux sens du terme - si l'on arrive à s'y abandonner. 

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 3,5/5

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