Folles de joie

Publié le 10 Juin 2016

De Paolo Virzi 

 

 

Beatrice est une mythomane bavarde au comportement excessif. Donatella est une jeune femme tatouée, fragile et introvertie. Ces deux patientes de la Villa Biondi, une institution thérapeutique pour femmes sujettes à des troubles mentaux, se lient d'amitié. Une après-midi, elles décident de s'enfuir bien décidées à trouver un peu de bonheur dans cet asile de fous à ciel ouvert qu'est le monde des gens « sains».

 

 

 

 

 

J'ai un penchant particulier pour le cinéma italien, ou du moins celui qui arrive communément jusque dans les salles françaises, c'est dire si ce jugement est probablement biaisé. Mais de ce que j'ai pu en apercevoir, j'aime cette sorte d'hystérie, de tempérament très extraverti qui y transparaît, avec des sentiments toujours exacerbés et des personnages hauts en couleur. Folles de joie n'échappe pas à cette définition.

 

Nous y retrouvons deux femmes qui s'offrent une escapade, une bouffée d'oxygène hors de la maison de repos où elles sont soignées. Pour le monde extérieur, elles sont malades, fragiles, dépressives, dangereuses. Beatrice et Donatella se sentent, elles, tristes et incomprises.

 

 

Car elles ne comprennent pas les lois qui les frappent, quand leur peine est si grande : Beatrice, éprise d'un truand et rejetée par sa famille aristocratique, Donatella, qui s'est vue retirer la garde de ce fils qu'elle aime tant, et dont elle n'a pas même le droit d'avoir une photo. En choisissant de montrer tout d'abord les faits de leur point de vue, le réalisateur crée un attachement instantané à ses personnages. Beatrice, peu respectueuse des règles et souvent odieuse dans sa sincérité, s'avère touchante par son incapacité à comprendre les réactions qu'elle génère. Donatella quand à elle, apparaît plus fragile, maigre et à fleur de peau, mais révèle rapidement une volonté de fer dans son entêtement à guérir.

 

Un soir, le véhicule qui doit les ramener de la pépinière, où elles travaillent, n'est pas au rendez-vous. Avisant un bus qui passe, elle décident de le prendre pour rentrer au centre. Grisées par cette nouvelle liberté, elle décident de s'amuser un peu et de profiter de cette opportunité pour recoller les morceaux de leur vie brisée.

 

 

Dans leur cavale, peu à peu, le spectateur découvre leur passé, et les dégâts que leur maladie a pu causer, mais également les raisons de leur geste. Se dessine alors à la fois l'étendue de leur incapacité à vivre dans le monde réel et le mal qui a pu leur être fait : elles n'y sont pas adaptées d'autant plus qu'il se révèle impitoyable. Jamais elles ne rencontreront dans leur entourage la bienveillance qui leur aurait peut-être permis de se relever. Souvent, elles ne trouveront qu'incompréhension, voire menace. Parfois, ce sont des inconnus qui, en leur tendant la main, finiront par leur donner le courage de continuer à avancer.  

 

Avec des actrices investies qui donnent vie à des personnages aussi imprévisibles qu'attachants, le réalisateur Paolo Virzi signe une comédie douce amère doté d'un humour grave: sous l'ivresse ambiante, le pathétique n'est jamais loin. Une cavale libératrice où l'apparente frénésie des personnages révèle tout leur appétit de vivre et leur aspiration désespérée au bonheur. 

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 4/5 

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