Deauville #1 : Exposition Jacques-Emile Blanche

Publié le 29 Mai 2016

Au point de vue - Deauville

Du 14 mai au 18 septembre 2016

 

Je ne suis pas sûre d'être déjà allée à Deauville auparavant, ou en tout cas, je ne m'en souviens pas. Sachant que dans ma famille tout est soigneusement documenté et photographié, j'ai la quasi certitude que s'il n'existe aucun cliché de ma fratrie sur les planches, c'est que nous n'y sommes probablement jamais allés. 

 

C'est donc avec un grand plaisir que j'ai accepté l'invitation de Deauville à venir y passer une journée pour découvrir deux expositions. Pendant que d'autres arpentaient le tapis rouge de la Croisette, j'avais donc rendez-vous avec le bois - humide - des planches et un ciel plus gris que prévu en cette fin de printemps. Mais - foi de bretonne - il aurait fallu bien plus que quelques gouttes pour gâcher une journée qui promettait tant de découvertes : tout d'abord l'exposition consacrée à Jacques-Emile Blanche, au Point de Vue ; puis celle s'affichant sur les portes des cabines de la plage, intitulée Faces à la Mer ; et enfin, la visite du couvent des Franciscaines appelé à devenir, après rénovation, un tout nouveau centre culturel. Mais avant de vous parler de ces deux dernières étapes de mon voyage deauvillois, c'est avec Jacques-Emile Blanche que j'ai tout d'abord rendez-vous. 

 

C'est la première fois que Deauville propose aux visiteurs de découvrir une exposition de peintures au Point de Vue, lieu davantage habitué à présenter des clichés photographiques. Provenant exclusivement du Musée des Beaux Arts de Rouen, partenaire de l'événement, les toiles exposées permettent au spectateur de se plonger dans l'oeuvre de l'artiste, au travers des nombreux portraits réalisés au cours de sa carrière. L'exposition espère bien compter parmi les moments forts de la troisième édition du festival Normandie impressionniste, qui compte cette année plus de 400 événements. 

 

Seule exception à cette exposition monographique - consacrée à un seul artiste - c'est un portrait de Jacques Emile, réalisé par son ami John Singer Sargent, qui accueille le visiteur dès l'entrée, comme pour l'inviter à découvrir son oeuvre. C'est tout d'abord avec sa famille que nous faisons connaissance, au travers de deux beaux portraits réalisés par le peintre : son père, aliéniste de renom, comptait parmi ses patients des artistes tels que Gounod, de Nerval ou Maupassant. Et ceux qui n'avaient pas besoin des soins du Docteur Blanche pouvaient se rencontrer chez Madame, qui tenait salon. Rien d'étonnant donc, à ce que le petit Jacques-Emile, baignant dans cette ambiance, finisse par choisir la carrière de l'art. Mais sera-t-il écrivain, ou bien peintre ? C'est finalement la peinture qu'il choisira pour métier, tout en continuant à écrire, laissant notamment à la postérité une oeuvre de mémorialiste à la plume acérée. 

 

La deuxième partie de l'exposition souligne les liens de Blanche avec les cercles littéraires : élève de Mallarmé, il se lie également d'amitié avec Gide, dont il redoutait toutefois le jugement. Cela explique probablement l'apparente sévérité qui semble se dégager du portrait qu'il en réalise, en 1912. On y croise également Raymond Radiguet, Jean Cocteau - représenté sur l'affiche - Montherlant ou la poétesse Anna de Noailles. De quoi nous amener joliment jusqu'à la troisième et dernière partie de l'exposition, qui met l'accent sur la relation entre Jacques Emile Blanche, les artistes et la vie mondaine, liens qui lui ont valu le surnom de "peintre mondain". Il est vrai que de grands noms se côtoient ici : la comtesse Bavarowska, le groupe des Six, le prince Philippe de Caraman-Chimay, mais également Stravinsky, dont Blanche fut l'un des ardents défenseurs, ou encore la comédienne Gilda Darthy. 

 

 

Pour compléter l'ensemble, deux extraits musicaux sont également proposés au visiteur : le Sacre du printemps, de Stravinsky, ainsi qu'une Pastorale de Germaine Taillefer (du groupe des Six). Afin de permettre au visiteur, quel que soit ses connaissances, de mieux comprendre l'exposition, les cartels ont été conçus pour apporter des précisions sur l'identité des personnes représentées. Complétés par des photographies d'époque, ils permettent de mettre en avant la dimension artistique et psychologique des oeuvres de Blanche. Par ailleurs, beaucoup d'oeuvres présentées ici sont en réalité des esquisses, puisque les tableaux définitifs ont été donnés à leur destinataire. Toutefois, même inachevés, ces portraits montrent parfaitement la capacité de Blanche à faire transparaître dans sa peinture le caractère de son sujet.

 

Ne connaissant pas l'oeuvre de Jacques Emile Blanche avant cette visite, j'ai trouvé cette exposition très bien conçue : en réunissant en un même lieu autant d'oeuvres de cette qualité avec autant de visages célèbres, elle donne, outre un regard sur l'oeuvre du peintre, une idée assez palpable du bouillonnement artistique et intellectuel de l'époque. A titre personnel, j'ai vraiment eu deux gros coups de coeur : le portrait de Gilda Barthy (ci-dessus, au milieu) qui montre une femme magnifique et sûre d'elle, mais également celui représentant le jeune fils d'Helleu - un autre peintre -  et sa petite bouille dépitée de devoir poser si longtemps. Une exposition idéale pour découvrir Jacques Emile Blanche, à quelques mètres de la plage.

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 4/5 

 

L'exposition s'adjoint un programme comprenant deux conférences ainsi qu'une promenade littéraire. Plus d'informations sur : www.deauville.fr

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