Eperdument

Publié le 7 Avril 2016

De Pierre Godeau

 

 

Un homme, une femme.

Un directeur de prison, sa détenue.

Un amour impossible.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

C'est au hasard d'une séance cinéma ratée que j'ai découvert Eperdument. Le sujet, une liaison entre un directeur de prison et l'une de ses détenues, promettait d'emblée d'être délicat.

 

Pour donner vie à ses personnages, Pierre Godeau a choisi de les confier à Guillaume Gallienne et Adèle Exarchopoulos. Le premier incarne cet homme intègre au parcours exemplaire dont la déontologie va peu à peu céder à la passion destructrice. La seconde incarne l'insolente sensualité de la jeunesse, de celle qui s'ignore elle-même mais qui crève l'écran. 

 

 

Du passé de la jeune femme, on ne saura pas grand chose : pourquoi est-elle ici ? Les dialogues délivrent bien quelques indices sur le temps d'emprisonnement possible et laissent filtrer qu'elle était mineure au moment des faits, mais rien de plus. Chaque spectateur va ainsi pouvoir se bâtir sa propre image, et imaginer son passé au regard de ce qu'elle laisse transparaître : une jeune femme entière et sensible, agissant avec ses tripes sans considérer les conséquences de ses actes, sans même les regretter ensuite, semble-t-il. Presque mutique, elle ne se dévoile qu'à ceux en qui elle a confiance. Et cette confiance va instantanément se nouer avec le directeur de la prison, un fonctionnaire attentif et bienveillant, un homme qui a gravi à force de travail et de sérieux tous les échelons de la pénitentiaire, un mari et un père. 

 

Peu à peu, le respect mutuel se transforme en quelque chose de plus fort, irrésistible et destructeur, une passion qui les mènera à l'inévitable chute. Si les acteurs donnent très justement corps à cette relation interdite, la mise en scène peine parfois à faire monter la tension amoureuse, notamment à montrer le déchirement intérieur du directeur et sa lutte contre ses sentiments - qui rendrait, selon moi, d'autant plus fort le moment où il y cède. 

 

 

En évoquant aussi bien la notion de passé coupable que de futur incertain, l'environnement de la prison s'avère un lieu doublement oppressant : il est d'emblée hostile et cloisonné, avec d'innombrables grilles à traverser pour passer d'un espace à un autre, matérialisant les barrières morales et sociales qui s'opposent à la relation entre les deux personnages. Mais, une fois ces barrières franchies, il règne paradoxalement dans ces espaces clos une promiscuité qui rend d'autant plus palpable le danger d'être découvert. 

 

Au final, Eperdument s'avère un film sensible sur un sujet pourtant casse-gueule. Guillaume Gallienne et Adèle Exarchopoulos forment un couple inattendu et attachant, dont la belle complicité ne fait jamais oublier les caractères radicalement opposés. Seule ombre au tableau, la réalisation laisse un léger goût d'inachevé dans la montée en pression des personnages, diminuant d'autant l'implication émotionnelle des spectateurs dans la seconde partie du film. 

 

La note tout à fait subjective qui n'engage que moi : 3,5/5

Commenter cet article