Les Ogres

Publié le 17 Mars 2016

De Léa Fehner 

 

 

Ils vont de ville en ville, un chapiteau sur le dos, leur spectacle en bandoulière. Dans nos vies ils apportent le rêve et le désordre. Ce sont des ogres, des géants, ils en ont mangé du théâtre et des kilomètres. Mais l’arrivée imminente d’un bébé et le retour d’une ancienne amante vont raviver des blessures que l’on croyait oubliées. Alors que la fête commence !

 

 

 

 

 

 

Les Ogres, comme cet appétit de vivre et d'aimer, comme ces bouches qui s'ouvrent, béantes, pour rire à gorge déployée, mais également cette passion de la scène qui finit par les dévorer, à force de cacher leurs peines et leurs drames sous le costume d'un personnage, à grand renfort de musique, de maquillage et de paillettes.

 

Malgré les cris, les désaccords, les dérapages, les affaires de coeur et de famille. Ici, à la scène comme en coulisses, on parle, on rit, on s'engueule fort, on boit beaucoup, on vit ensemble toute la palette des émotions humaines : c'est le propre des univers clos. Ici, on bascule en un instant du rire au larmes, et des larmes au rire, sans crier gare. Car dans cet univers qui se donne aux autres chaque soir, rien ne saurait être nuancé: toute émotion est forcément extrême, décuplée par la promiscuité de la vie de troupe.

 

 

Il y a François, le metteur en scène, figure paternelle cherchant à tout contrôler à la scène comme à la ville, il y a Marion, son épouse délaissée, il y a Inès, leur fille en manque de reconnaissance, qui lutte avec la paperasse et les emmerdes qui vont avec. Il y a aussi Mr Déloyal, souffrant de dépression après le décès de son fils, et sa jeune compagne, enceinte, dont l'enfant à venir réveille toutes les craintes. Et puis, il y a le spectacle, qu'il faut à tout prix assurer, coûte que coûte, soir après soir. Et quel plus beau spectacle pour faire écho à cette histoire qu'un cabaret inspiré de Tchekhov, aux accents tantôt mélancoliques, tantôt frénétiques, recelant toute l'exhubérance des sentiments et les excès de l'âme russe ? 

 

Les Ogres est pour ma part l'occasion de découvrir Adèle Haenel, dont j'avais étendu beaucoup de bien. D'un naturel désarmant, elle campe une future mère pleine de spontanéité. Les autres comédiens sont au diapason, incarnant chacun à leur manière ces saltimbanques sur la brèche, à la sensibilité à fleur de peau et pourtant si forts à eux tous. 

 

 

Avec les Ogres, Léa Fehner nous emmène au coeur d'une histoire de famille, d'une histoire de tripes, de coeur, de passion. Un film sous forme de déclaration d'amour, où il n'est pas rare que lorsque les personnages rient, le spectateur pleure. Un spectacle où l'outrance est reine, un pied de nez à une vie ordinaire et polissée. Et au final, plus fort que tout, l'appel déchirant du théâtre, comme si la scène était le seul lieu de bonheur possible : et tant pis s'il est factice, s'il est dur, s'il est fugace, pourvu qu'il soit.

 

La note tout à fait subjective qui n'engage que moi : 4,5/5

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