La vache

Publié le 16 Février 2016

De Mohamed Hamidi

Sortie le 17 février 2016

 

 

Fatah, petit paysan algérien, n’a d’yeux que pour sa vache Jacqueline, qu'il rêve d'emmener à Paris, au salon de l'Agriculture. Lorsqu'il reçoit la précieuse invitation devant tout son village ébahi, lui qui n’a jamais quitté sa campagne, prend le bateau direction Marseille pour traverser toute la France à pied,  direction Porte de Versailles ! 

 

 

 

 

 

 

Il est parfois des surprises qui vous attendent au détour d'un film découvert un peu par hasard : à voir le synopsis, on aurait été tenté de classer La vache dans la catégorie film de société, voire - ce que je déteste par dessus tout - film à message politique et moralisateur. Pour mon plus grand bonheur, c'est bien une comédie tendre et enlevée que j'ai pu découvrir ce soir-là. 

 

L'essentiel de son équilibre fragile repose sur le personnage de Fatah : une sorte de doux rêveur, un peu naïf, qui s'occupe de sa vache comme d'un membre de sa famille. Un incorrigible optimiste, débordant d'enthousiasme, de ces gens désarmants de sincérité qu'on ne peut que trouver attachants. Et c'est vrai qu'elle est belle, sa Jacqueline, avec ses grands yeux noirs bordés de longs cils !  Lorsque Fatah débarque en France, c'est un peu le choc des cultures : à sa spontanéité toute simple répondent des situations plus complexes, qu'il peine parfois à saisir, et qui vont lui jouer quelques vilains tours, heureusement sans réelle gravité. 

 

 

Encore inconnu du grand public - probablement plus pour longtemps - Fatsah Bouyahmed incarne avec une fraîcheur sincère ce personnage si attachant, comique malgré lui. Il donne la réplique à Jamel Debbouze et Lambert Wilson, qui semblent prendre un malin plaisir à jouer avec les clichés de leurs rôles pour mieux les contourner. En noble désargenté, mais attaché à ses traditions - le château, le personnel, la cérémonie du dîner, le tableau de l'ancêtre, Lambert Wilson compose un comte tout en flegme, dont les répliques sont d'autant plus drôles qu'il contraste avec la simplicité un peu envahissante de Fatah. Quant à Jamel Debbouze, auquel on a souvent pu reprocher d'en faire trop, il s'avère ici justement mesuré. 

 

La bande originale, festive, mêle l'esprit des fanfares populaires et les tubes des années 70 - 80 qui donne instantanément le sourire, a fortiori lorsqu'ils sont interprétés par le personnage de Fatah. Evitant soigneusement les messages politiques, le réalisateur transforme ce road movie pas comme les autres en un conte plein de tendresse. On y aperçoit parfois en filigrane certains questionnements sur les paradoxes de notre vie moderne, mais ces derniers tombent sous le coup de l'humour sans passer par la case morale : chacun leur donnera donc, individuellement, le sens qu'il voudra bien.

 

Au final, La vache s'avère un concentré de bonne humeur et de rire, doublé d'un hommage sincère et tendre aux gens simples : une très belle surprise en ce début d'année ! 

 

 

La note tout à fait subjective qui n'engage que moi : 4/5

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