Il Trovatore

Publié le 19 Février 2016

De Giuseppe Verdi 

A l'Opéra Bastille 

Du 28 janvier au 15 mars 2016 

Direction musicale : Daniele Callegari

Mise en scène : Alex Ollé 

 

Distribution 

Le Comte di Luna : Ludovic Tézier 

Leonora : Hui He

Azucena : Ekaterina Semenchuk

Manrico : Marcelo Alvarez

Ferrando : Roberto Tagliavini

Inès : Marion Lebègue

Ruiz : Oleksiy Palchykov 

Un vieux zingaro : Constantin Ghircau 

Un messager : Cyrille Lovighi 

Orchestre et Choeurs

de l'Opéra national de Paris 

 

 

Il y a dans Il Trovatore (le Trouvère) tout ce qu'il faut pour plaire dans un opéra : un couple d'amoureux, un rival puissant, et une sombre histoire de vengeance portée par une vieille zingara. Ajoutez à cela des airs envoûtants ainsi qu'une intrigue espagnole aux coincidences si improbables qu'elles nécessitent l'adhésion aveugle du public, et vous comprendrez pourquoi cet opéra compte parmi mes favoris. C'est donc avec une joie non dissimulée - et un espoir sans bornes - que je franchis une fois de plus les portes de l'Opéra Bastille. 

 

Cet espoir ne fut pas entièrement vain, car la représentation à laquelle j'ai assisté fut de celles qui passent à un cheveu de la perfection. Ou plutôt, dans le cas qui nous occupe, à une voix, de la perfection : celle de la soprano Hui He, remplaçant Anna Netrebko, alors souffrante. Et au milieu d'un plateau de voix toutes plus splendides les unes que les autres, sa prestation va malheureusement focaliser la totalité des critiques. En effet, non content d'être l'un des 25 opéras les plus représentés dans le monde, Il Trovatore est également réputé très exigeant. D'un point de vue vocal, tout d'abord - Toscanini ne disait-il pas qu'il fallait y réunir les quatres plus belles voix du monde ? - mais également du point de vue scénique, tant l'intrigue complexe a besoin d'interprètes capables de la rendre crédible.  

 

 

Dès les premières notes - un roulement de tambour annonçant toute la tragédie à venir - on est pris par la force de la musique de Verdi. Les voix sont belles, et l'ensemble nous plonge dans l'ambiance nocturne d'une salle de garde où les soldats se racontent des histoires pour rester éveillés. L'air de Ferrando s'élève, Di due figli vivea padre beato (Heureux père de deux fils), un de mes favoris, et il est superbe... La soirée s'annonce mémorable ! 

 

Malheureusement, dès l'arrivée de Leonora, la magie semble soudain se briser : malgré une très belle voix,  la soprano Hui He semble peu sûre d'elle, presque à bout de souffle tant ses dernières syllabes sont inaudibles. La fin de son air d'entrée est même décalé par rapport à la musique! Quelle que soit la raison de ce décalage - direction du chef d'orchestre comme l'ont suggéré d'autres critiques, ou mauvais départ de la soprano ? - le résultat est, sinon désastreux, du moins dommageable. Cela ne manque pas : les huées fusent. Sa performance se relèvera heureusement dès le deuxième acte, avec cependant l'impression persistante que les aigus sont trop bas, impression qui me sera par la suite confirmée par une amie chanteuse lyrique...

 

Les autres interprètes enflamment la salle : Ludovic Tézier est incroyable - comme à son habitude - et impose une présence charismatique au cruel Comte de Luna. Marcelo Alvarez compose un Manrico qui m'a semblé très honorable, bien que pour une raison qui m'échappe, sa voix ne m'a jamais enthousiasmée autant que je l'aurais voulu. La belle surprise du jour réside pour moi dans deux artistes qui m'étaient jusqu'alors inconnus  : Roberto Tagliavini, qui campe un Ferrando à la voix impressionante, personnage secondaire mais d'autant plus important qu'il ouvre l'opéra, et Ekaterina Semenchuk. La mezzo-soprano russe incarne tout en nuances la zingara Azucena, personnage inquiétant doté d'une force peu commune, avec des airs envoûtants et des graves qui vous donnent le frisson. 

 

 

La vision portée par Alex Ollé n'est sans doute pas la plus impressionante qui soit, mais elle a le mérite d'être très lisible : les soldats du Comte de Luna rhabillés en uniformes allemands de la seconde guerre mondiale, poursuivant les Zingari, cela a du sens, puisque rappelons-le, les juifs ne furent pas les seules victimes de la barbarie nazie. Du côté de la scénographie, de gros blocs occupant tout l'espace de la scène, figurent tantôt des tombes, tantôt s'élèvent pour former la colonnade du couvent, ou pour encadrer l'espace réduit d'une cellule. Une idée simple et sans grand éclat, mais très efficace. Ici, la mise en la scène est mise au service de l'oeuvre et de sa compréhension, et non déployée pour elle même, bien qu'elle réserve quelques tableaux esthétiquement très intéressants. 

 

 

Ne boudons pas notre plaisir, cette production est globalement excellente. Elle aurait même pu figurer parmi mes plus grands frissons opératiques, si la distribution avait pu bénéficier d'une soprano à la hauteur - vocalement et scéniquement - des autres interprètes. Un sentiment de frustration dont je me console depuis en écoutant en boucle les airs sublimes que cet opéra m'a remis en tête. 

 

La note tout à fait subjective qui n'engage que moi : 4/5

 

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