Rencontre avec Diane Kurys et Sylvie Testud

Publié le 18 Janvier 2016

La projection blogueurs de "Arrête ton cinéma !" s'est clôturée par une rencontre avec Diane Kurys et Sylvie Testud, la première ayant réalisé le film, la seconde y jouant, et les deux en ayant signé le scénario. Une rencontre très informelle, animée par la journaliste Sophie Soulignac, où l'on a appris que Sylvie Testud avait été doublée par la cascadeuse de Penelope Cruz, et que Diane Kurys a un jour abandonné un plateau à cause d'une blouse d'hôpital à fleurs... entre autres.  Morceaux choisis ! 

 

Vous pouvez retrouver l'intégralité de cette rencontre retranscrite ici (téléchargement)

 

 

Sophie Soulignac : Vous vous connaissez très bien : Diane, vous avez dirigé Sylvie à deux reprises ?

 

Diane Kurys : On ne dirige pas Sylvie (rires) ! Oui, on a travaillé ensemble à deux reprises. Pour Sagan, et puis dans mon dernier film (...) Pour une femme. C'était l'histoire d'une cinéaste qui recherchait les origines de sa famille, et Sylvie jouait la cinéaste. C'est ma Jean-Pierre Léaud à moi.

 

Sophie Soulignac : Le film est issu de votre livre C'est le métier qui rentre. Vous n'aviez jamais imaginé le réaliser vous-même ?

 

Sylvie Testud : On me l'a proposé, mais comme je dis souvent, j'ai fini mon job quand j'ai fini le livre .Il me faudrait une autre source d'inspiration pour en faire un film. Je pense que j'arriverai à le faire un jour où je ne serai pas contente du bouquin que j'ai écrit, où j'aurais l'impression qu'il n'est pas terminé, en me disant qu'il faut que je l'adapte pour faire une nouvelle histoire. Là, vraiment, ce qui était génial, c'est que Diane avait plein d'idées, on voyait les choses différemment et même en écrivant ensemble, on s'est inspiré des deux visions pour réécrire de nouvelles choses. Au bout d'un moment, de la même façon que le livre était plus un roman qu'une chose inspirée d'une histoire vraie, le film devenait encore autre chose, ce n'était plus mon livre.

 

Question : Je voulais vous poser une question sur le duo de méchantes. Elles sont affreuses, et on s'en souvient bien, esthétiquement : la grande avec les cheveux noirs et la petite aux cheveux gris. Quelles ont été les références, ou cette esthétique là est-elle venue naturellement ?

 

Diane Kurys : Pour l'esthétique on a commencé par s'adapter à leur physique : Josiane avait envie de faire partie de l'aventure, et on a pensé au personnage de Brigitte. C'est le directeur artistique avec lequel je travaille d'habitude - qui n'a pas travaillé sur ce film faute de moyens pour le payer, mais qui nous a tout de même donné quelques idées - qui m'a envoyé un jour une photo de Josiane, un montage avec les cheveux de Catherine Lara et des lunettes rouges. Je me suis dit que c'était génial, exactement ce qu'il fallait, et je l'ai montrée à Josiane qui a été emballée, donc on est parties là-dessus. C'est le costumier Eric Peyron, avec lequel je travaille aussi depuis longtemps qui lui a ensuite trouvé ce look pantalon et ce côté léopard, rouge et noir tout le temps. Pour Zabou, on a plus déliré sur le côté rock and roll, déjanté.

 

Sylvie Testud : Il y avait aussi une volonté - vous dites qu'elles sont affreuses, et c'est vrai – mais elles sont finalement encore plus tarées que méchantes. Et leurs vêtements en témoignent !

 

 

Sophie Soulignac : Il y a presque une impression de déjà vu parce que c'est quelque chose que vous avez largement vécu. Qu'est ce que cela vous a apporté finalement de jouer ce rôle ?

 

Sylvie Testud : Je n'ai pas du tout ce sentiment là, parce que – et c'est le principe de beaucoup d'écrivains - on part souvent d'une chose un peu ancrée, qu'on trahit - ou pas, d'ailleurs - qu'on emmène quelque part. On crée des personnages, un univers dans lequel on se sent bien ou qu'on veut fuir - il y a mille raisons - et ensuite cela vit tout seul. C'est pour ça que si l'on fait un film, il est important que quelqu'un d'autre s'en empare et le trahisse de nouveau pour que ça devienne autre chose. Faire un film n'est pas du tout comme écrire un livre : on est nombreux. Comme le disait Diane tout à l'heure, Zabou est entrée dans les décisions de son personnage, Josiane aussi. Tout ça est une réunion entre tous les gens qui y travaillent et l'histoire ne m'appartenait presque plus.

 

Sophie Soulignac : Et quand on est réalisatrice, on doit aussi avaler beaucoup de couleuvres ? Je voulais revenir aux compromis, pour ne pas dire aux compromissions auquel un artiste peut-être prêt, parfois...

 

Diane Kurys : faire un film c'est faire compromis après compromis depuis le début, jusqu'à la fin, jusqu'à la sortie, mais c'est aussi ne pas aller jusqu'à la compromission. Essayer en tout cas. Sinon, voilà ce qui arrive !

 

Sylvie Testud : Je ferais le parallèle avec les histoires d'amour où l'on se dit « il faut que ça marche » et où on s'aveugle. Et si tout autour les gens vous disent que cette personne est horrible qu'ils essayent de vous faire voir la vérité, c'est seulement le jour où tout s'arrête que tout vous revient, et vous vous dites « mais purée, on me l'a dit cinquante fois et je n'ai rien vu , ils avaient raison ! » c'est un peu la même chose, c'est pour ça que je parle souvent de passion, c'est aveuglant. Et plus vous approchez du but, plus vous vous dites : « je n'ai pas fait tout ça pour rien, allez, je fais encore une petite concession, allez, une petite concession de plus » Et au bout d'un moment, vous avez raison, on passe à la compromission. Et on ne s'en rend pas compte à ce moment là. Je crois qu'il est même hors de question de s'imaginer que l'on puisse arrêter son projet : on a embarqué des gens avec nous. Pour ma part, les personnages que j'avais créé étaient dans mon bureau, ils existaient, je leur parlais presque, et il m'était impossible d'imaginer qu'ils n'allaient tout simplement pas exister. Donc que l'histoire se passe dans un cirque, ou avec des chevaux, au bout d'un moment, je m'en foutais, il fallait juste qu'ils vivent.

 

 

Sophie Soulignac : Et qu'est ce qui fait – parce qu'on parle d'un film sur la difficulté de créer – qu'est ce qui fait qu'on garde la foi et l'enthousiasme ?

 

Diane Kurys : On a pas le choix ! On a choisi ce métier, il faut qu'on y arrive. C'est une espèce de conviction profonde que l'on va y arriver. Sybille, dans le film, elle a cette conviction profonde et il se trouve qu'elle n'est pas la productrice du film. Moi, je produis mes films. J'ai toujours été la production de mes films pour garder une indépendance, ça ne veut pas dire que je suis riche, ça veut dire que je veux avoir le droit de dire ce qu'on fait, et ce qu'on ne fait pas. Du coup ça me donne une sorte de contrôle – après, il faut tout de même trouver l'argent – mais cette foi, on la garde, il ne faut pas la perdre. Si vous la perdez, vous arrêtez !

 

Sophie Soulignac : On peut avoir des moments où on n'a pas les bons scénarios, où on ne fait pas les bonnes rencontres...

 

Sylvie Testud : Il arrive de s'en rendre compte sur un plateau – et puis ça on le sait immédiatement – et on se dit : et merde ! J'ai fait une connerie, je n'aurais pas dû accepter ! (...)

Diane Kurys : Et c'est horrible aussi quand on a un acteur ou une actrice où l'on se dit : « je me suis trompée ». C'est affreux !

 

Sophie Soulignac : Et ça vous est arrivé ?

 

Diane Kurys : Oui, et c'est épouvantable. On le sait en général très vite, à la première scène un peu difficile et on est bien obligé d'aller au bout parce sinon, qu'est ce qu'on fait ?

 

Sylvie Testud : Là, vous êtes en train de comprendre le trac des acteurs : on flippe tous d'être celui dont elle parle !

 

Sophie Soulignac : Moi ce que j'ai adoré dès votre premier livre, Il n'y a pas beaucoup d'étoiles ce soir, c'est que vous avez toujours eu cette envie de désacraliser.

 

Sylvie Testud : En fait c'est l'envie de me moquer, parce c'est vraiment dingue. Par exemple on tourne le samedi et j'ai vu une ou deux fois des plateaux devenir dingues, parce que mon collant était filé. Mais personne ne se met dans des états pareils pour un collant filé ! Sauf que là, il est raccord, c'est-à-dire qu'ils vont bousiller une costumière qui n'a acheté qu'une seule paire de collants. Ils pourraient lui arracher les cheveux, ça se voit ! On est en train de perdre dix minutes, un quart d'heure, et le magasin n'ouvre que dans une heure... On regarde tous la nana en se disant : elle va se faire démolir !

 

Diane Kurys : C'est comme une guerre : qui va porter le chapeau ? Qui va être responsable ? Et tout est urgent, tout est grave, tout est une catastrophe ! Alors quand vous avez des metteurs en scène ou des producteurs fous, ça prend des proportions de folie. C'est pour ça qu'il faut rester calme.

 

Sophie Soulignac : Vous faites comment, vous ?

 

Diane Kurys : J'essaie de rester calme mais (...) ça arrive de péter les plombs. Je me souviens sur une scène de Pour une femme, je suis devenue folle à un moment, parce qu'on tournait une scène très dramatique avec Benoît Magimel qui devait mourir dans son lit d'hôpital. On avait évidemment prévu une blouse blanche dans le scénario, et maintenant on met des trucs à fleurs. Déjà c'était dur avec le maquillage, il devait avoir 70 ans, c'était compliqué, et je vois ce truc à fleurs : je deviens folle ! J'ai pris le costume et je suis partie - je m'en rappellerai toute ma vie - en laissant tout le monde. Je ne savais même plus où j'allais ni ce que je faisais. J'avais abandonné le plateau et je descendais les escaliers de l’hôpital. Là, j'ai croisé une infirmière et je lui ai demandé si elle savait où il y avait des blouses normales, et elle m'a ouvert un placard : il y avait 18 piles de blouses normales. Je suis revenue triomphante avec ma blouse blanche, mais heureusement, parce que sinon, je ne savais pas ou j'allais. Je serais revenue, éventuellement, mais j'aurais mis le temps

 

Sylvie Testud : Un jour, une cascadeuse qui devait me doubler est arrivée. C'était la cascadeuse de Pénélope Cruz : cheveux noirs, la peau mate les yeux noirs. Ils voulaient la filmer de plus près et là, d'un coup, tous en panique, ils viennent me voir à 7h du matin en me disant « est ce que tu sais sauter par la fenêtre ? » véridique ! Je leur ai dit « tous les matins j'essaye » ! Ils ne m'ont plus parlé de la journée : actrice peu sympathique !

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