Le grand partage

Publié le 22 Janvier 2016

Un film d'Alexandra Leclère

 

Un hiver pire que jamais. Le gouvernement publie un décret obligeant les citoyens français les mieux logés à accueillir chez eux pendant la vague de froid leurs concitoyens en situation précaire. A l’heure du Grand Partage, un vent de panique s’installe à tous les étages dans un immeuble très chic de la capitale.

 

 

Décidément, je désespère des comédies françaises promues à grand renfort de plateaux télévisions et d'articles de presse. Non pas que le grand partage soit franchement mauvais, mais parce que chaque année, on nous refait le coup de la comédie franchouillarde à message moralisateur, aux ficelles tellement grosses que l'on devrait les appeler des cordages. Et pourtant, je les aime, ces comédies françaises, avec leur humour, avec ces instants où l'émotion affleure, et avec ses personnages souvent drôles malgré eux, de ceux que l'on voudrait consoler. Mais voilà. Depuis quelques années, on nous ressort la même soupe, qui, sous prétexte de se doter de très bons acteurs - car ils sont tous excellents - pense pouvoir se passer de délicatesse. 

 

Car enfin, avouons-le, voir s'étriper la gauche bobo et la droite décomplexée promettait, et assure, de beaux moments de comédie. Mais enfin. Etait-il besoin de faire des personnages si caricaturaux ? Etait-il besoin, pour faire passer son message, de l'asséner de façon si grossière, presque condescendante pour le spectateur ? 

 

 

Car à trop vouloir condamner ses personnages, leurs attitudes et leurs lâchetés, le film en oublie de les rendre attachants. Et sans tendresse ni identification possible, comment accepter leur rédemption ? Madeleine, le seul personnage qui crée sincèrement de l'empathie - interprété par la très talentueuse Zidani - est mal exploitée, noyée dans un moralisme insupportable.   

 

Voilà qui est vraiment dommage, car le film ménage quelques éclats de rire grâce à des acteurs au naturel presque déconcertant. On aime voir les deux couples multiplier les lâchetés tout en se faisant la morale, on aime moins cette impression de se faire nous-même traiter de salauds tout le long. Car enfin, le film nous explique que ne pas partager son appartement avec de moins fortunés que soi, c'est être un monstre d'égoïsme. Mais en toute honnêteté, qui serait prêt à le faire ?  Le film place donc le spectateur dans une position infantilisée des plus agaçantes, comme si ce dernier était trop bête pour comprendre le message autrement et qu'il suffisait de le culpabiliser d'un air moralement supérieur pour qu'il comprenne que "c'est pas bien". 

 

Un film avec de bons acteurs, qui se complaît dans une morale simpliste et culpabilisatrice. Souvent drôle, mais malheureusement incroyablement contre-productif. 

 

La note tout à fait subjective qui n'engage que moi : 2,5/5

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