Macbeth

Publié le 9 Décembre 2015

De Justin Kurzel

 

 

11ème siècle : Ecosse. Macbeth, chef des armées du roi Duncan, sort victorieux de la guerre qui fait rage dans tout le pays. Sur son chemin, trois sorcières lui prédisent qu’il deviendra roi. Comme envoûtés par la prophétie, Macbeth et son épouse montent alors un plan machiavélique pour monter sur le trône, jusqu’à en perdre la raison.

 

 

 

 

 

 

Vu mon intérêt pour l'oeuvre de Shakespeare - mon deuxième amour littéraire et théâtral avec Victor Hugo -  il m'était impossible de manquer ce film ! Parmi les passions humaines mises en scène par le grand Will, la "pièce écossaise", comme on l'appelle dans les milieux théâtraux pour éviter le mauvais oeil, est celle de l'ambition. Celle, tout d'abord, de Lady Macbeth qui presse son mari de hâter le destin royal prédit par les sorcières, en assassinant Duncan. Celle de Macbeth, surtout,  qui le pousse à s'enfoncer toujours plus loin dans la folie meurtrière.


Pour mettre en scène cette descente dans les tréfonds l'âme humaine, Justin Kurzel fait le choix d'une esthétique très étudiée sans pour autant sacrifier l'authenticité. Le contexte historique, par exemple, m'a semblé plutôt réaliste, pour autant que je puisse en juger. Si l'on voulait pinailler, on pourrait bien signaler quelques invraisemblances, mais globalement, on est bien loin des splendeurs de la reconstitution hollywoodienne : les costumes sont simples, rustiques, adaptés au climat, et nul luxe tapageur n'est présent dans les demeures en bois des seigneurs, qui dorment à même le sol gelé du champ de bataille. Les corps sont massifs, malmenés par la guerre, les hommes frugaux et la vie rude, même pour les nobles. Le roi lui-même se différencie assez peu de ses sujets : seuls le château en pierre et les ornements du couronnement évoquent par la rareté de leurs matériaux une quelconque puissance.

 

Macbeth

Le texte de Shakespeare, est réduit à l'extrême, dépouillé d'une bonne partie de  ses longueurs : ces hommes ne parlent pas pour ne rien dire. Il en résulte que ce texte, plus rare, nous apparaît souvent sous un jour entièrement différent car chaque mot y revêt une importance toute particulière. 

 

Cette authenticité un peu brute contraste avec une mise en scène très esthétique, où l'ambiance est parfois saturée de couleurs, parfois proche du noir et blanc au milieu des paysages rudes, superbes et menaçants de la terre d'Ecosse. Ce côté très formel n'empêche pas pour autant la naissance de l'émotion, qui provient des personnages eux-mêmes, de leurs peines inexprimées, et où même les plus monstrueux laissent parfois entrevoir ce qu'il leur reste d'humanité.

Macbeth

Michaël Fassbender et Marion Cotillard campent les Macbeth, un couple au magnétisme envoûtant, destructeur, unis autant par la douleur que par l'ambition et la sensualité. Lui campe un Macbeth ancré dans un physique, elle une Lady Macbeth douloureuse, mais résolue. Autour d'eux, gravitent des acteurs que l'on redécouvre à chaque nouveau film, comme Sean Harris en MacDuff, incontestablement le personnage le plus touchant de ce drame. 

 

Un film puissant, viscéral, à la beauté vénéneuse et fascinante.

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 4,5/5

Commenter cet article