Parce qu'il arrive qu'on ait envie de tout plaquer

Publié le 18 Novembre 2015

Recueil de poésie pratique

aux éditions contrepoints

Envie de changer de vie et de tout plaquer ? Aller au bout du monde, sur un bateau, au coin de la rue, ailleurs, plus loin, autrement... Pas possible, pas maintenant, pas le temps, pas le courage, pas l'argent, pas si simple ? Ce petit recueil de poésie pratique est fait pour vous. Un petit quatrain en guise d'escapade en train, une poignée de rimes contre la déprime et quelques vers pour retrouver l'ivresse. Avec Louise sur un nuage, Victor dans les champs, Marceline au creux d'un nid ou Gérard en voiture, partez maintenant et prenez le large sans risque, ou comment résoudre tous vos poèmes en récitant un petit problème. Et vice versa.

 

 

Sous ce titre aguicheur se cache, chose surprenante, un petit recueil de poésie, censé vous apaiser dans les moments de ras-le-bol. Comme on ne recule devant rien dans ces colonnes pour tester les ouvrages en conditions réelles, j'ai attendu jusqu'à un soir de tempête cérébrale pour le découvrir,  de ceux où l'on rentre du travail en pestant, avec des envies de partir sur une île déserte ou au fin fond du Larzac, là où, enfin, on vous ficherait la paix.

 

Me sentant dans l'état d'esprit propice à bénéficier au mieux des vertus supposées de cet ouvrage, je décide dont de l'extirper de ma bibliothèque pour en faire ma lecture du soir. C'est donc à mi-voix - ne sachant lire autrement la poésie - que je me plonge avec délice dans un instant de repos, presque de contemplation.

 

Pour chaque situation - envie de voir la mer, envie de claquer la porte du bureau, ou de partir sur les routes, par exemple - une poésie est proposée au lecteur. Avec cet ouvrage, je fais donc une courte mais paisible promenade en compagnie de Victor Hugo - mon incontournable - et Gérard de Nerval, que je suis toujours heureuse de trouver sur mon chemin, mais également de nouveaux auteurs, jamais rencontrés et déjà complices de mon escapade d'un soir, comme Marcelline Desbordes-Valmore ou Théodore de Banville, aperçus au loin. Si je goûte moins les vers de quelques autres compagnons de voyage, je me dis que je les apprécierai peut-être davantage en les croisant à l'avenir sur de nouveaux chemins. 

 

Un minuscule regret cependant : l'impression en noir sur fond bleu, qui limite parfois le confort de lecture. 

 

En refermant ce petit livre, je me sens effectivement apaisée : j'ai découvert de jolis mots, croisé la route de nouveaux auteurs qu'il me tarde de connaître plus en détail, et retrouvé mon calme. Le traitement est donc un succès!

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 4,5/5

 

Le poète s'en va dans les champs ; il admire,
Il adore ; il écoute en lui-même une lyre ;
Et le voyant venir, les fleurs, toutes les fleurs,
Celles qui des rubis font pâlir les couleurs,
Celles qui des paons même éclipseraient les queues,
Les petites fleurs d'or, les petites fleurs bleues,
Prennent, pour l'accueillir agitant leurs bouquets,
De petits airs penchés ou de grands airs coquets,
Et, familièrement, car cela sied aux belles :
- Tiens ! c'est notre amoureux qui passe ! disent-elles.
Et, pleins de jour et d'ombre et de confuses voix,
Les grands arbres profonds qui vivent dans les bois,
Tous ces vieillards, les ifs, les tilleuls, les érables,
Les saules tout ridés, les chênes vénérables,
L'orme au branchage noir, de mousse appesanti,
Comme les ulémas quand paraît le muphti,
Lui font de grands saluts et courbent jusqu'à terre
Leurs têtes de feuillée et leurs barbes de lierre,
Contemplent de son front la sereine lueur,
Et murmurent tout bas : C'est lui ! c'est le rêveur !

VICTOR HUGO

Commenter cet article

FT 27/11/2015 13:47

Bonjour Akialam, très beau poème de Victor Hugo, le poète de mon cœur, et quand je me balade dans les rues de Paris, et souvent sur les quais, me reviennent alors en mémoire des fragments de poèmes ou de roman ( souvent Zola qui a tellement bien écrit Paris). Oh l'envie de tout plaquer ma parfois hanté, et je dois reconnaitre qu'il est plus facile de s'évader par la poésie qu'en se mettant aux abonnés absents. Comme j'ai relu il n'y a pas longtemps " je vous écris de Paris" recueil de lettres anonymes ou d'écrivains sur les quartiers de Paris à travers les âges, et que ton blog m'avait fait découvrir. Tout plaquer mais pour aller où...? Bonne soirée Akialam.

Akialam 29/11/2015 21:52

Il est vrai que le voyage n'est pas forcément physique et qu'il n'est pas forcément besoin d'aller loin pour se sentir ailleurs :)