La Isla Minima ***

Publié le 15 Juin 2015

D'Alberto Rodriguez

 

 

Deux flics que tout oppose, dans l'Espagne post-franquiste des années 1980, sont envoyés dans une petite ville d'Andalousie  pour enquêter sur l'assassinat sauvage de deux adolescentes pendant les fêtes locales. Au coeur des marécages de cette région encore ancrée dans le passé, parfois jusqu'à l'absurde et où règne la loi du silence, ils vont devoir surmonter leurs différences pour démasquer le tueur.

 

 

 

 

 

Que voulez-vous ? Je ne sais pas résister à ce qui est espagnol : c'est donc avec une grande joie et malgré une semaine aux soirées déraisonnablement remplies que je suis allée découvrir La Isla Minima. Non content de venir du pays de Cervantes, cher à mon coeur, ce film arrive sur nos écrans auréolé de 10 Goya - l'équivalent de nos César, ce qui constitue une raison - a priori - supplémentaire de s'y intéresser !

 

Nous voilà donc plongés dans les années 80, celles de la transition démocratique, dans une Espagne marquée par la tradition où l'armée et l'église sont encore très puissantes. C'est au fin fond de l'Andalousie que deux policiers sont missionnés pour enquêter sur la disparition de plusieurs jeunes femmes. Un scénario franchement classique : un vieux briscard au passé trouble et un jeune idéaliste forcés de travailler ensemble pour résoudre une enquête, voilà qui n'est pas nouveau.

 

En réalité, cette trame usée mille fois au cinéma est surtout l'occasion pour le réalisateur de brosser le portrait d'un pays aux structures traditionnelles et rigides, peu à peu ébranlées. Une Espagne en pleine mutation où les jeunes femmes espèrent s'émanciper par le travail et où les grèves éclatent. Avec des dialogues limités à leur essence, et des hommes peu enclins à s'épancher sur leurs sentiments, les acteurs parviennent cependant à faire vivre ces personnages de façon crédible, avec leur part d'ombre et les tiraillements de leur conscience. Chaque mot revêt alors une importance particulière, renforçant l'idée d'une terre rude et misérable, aux méandres boueux - et pourtant si belle vue du ciel - où il ne reste aux hommes que leur dignité. En cette époque de changements, les limites entre le bien et le mal deviennent imprécises : la fin justifie-t-elle les moyens ? 

 

Il m'a pourtant été très difficile de m'attacher à des personnages si distants, d'autant que certains éléments s'y rattachant sont restés un mystère pour moi - peut-être des symboles dont je n'ai pas saisi la portée ? Enfin, l'action souffre parfois d'un manque de crédibilité : comment les policiers peuvent-ils mener des filatures aussi sérrées, dans un environnement aussi désert, où tout le monde se connaît, et sans se faire repérer ? 

 

Si le film est tout à fait honorable, et réserve même humainement quelques beaux moments, il n'est cependant pas - à mon sens - le chef d'oeuvre auquel on aurait pu s'attendre au vu de son palmarès. Son originalité réside entièrement dans son ancrage au sein d'une période charnière de l'histoire espagnole : pour certains spectateurs, ce fait justifiera à lui seul le déplacement, pour les autres, probablement pas. 

 

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dasola 02/08/2015 10:58

Bonjour Akialam, ce n'est pas un chef d'oeuvre, certes, mais il est recommandable tout de même, pour l'ambiance générale, le scénario et pour les prises de vues aérienne sur un paysage peu connu de l'Espagne. Bon dimanche.

Akialam 03/08/2015 22:45

Il n'est pas mauvais, je n'ai pas dit cela, mais effectivement, j'ai été un peu déçue par rapport à ses 10 Goyas !