Le magasin des suicides ****

Publié le 15 Juillet 2014

De Jean Teulé,

Aux éditions Pocket

 

 

Vous avez raté votre vie ?
Avec nous, vous réussirez votre mort !
Imaginez un magasin ou l'on vend depuis dix générations tous les ingrédients possibles pour se suicider. Cette petite entreprise familiale prospère dans la tristesse et l'humeur sombre jusqu'au jour abominable ou surgit un adversaire impitoyable : la joie de vivre...

 

 

 

 

 

 

 

 

Il y a deux ans, j'ai fait acquisition de cet ouvrage après avoir vu le film, qui m'avait plutôt déçu, malgré une très belle animation. J'avais donc dans l'idée de redécouvrir cette histoire telle quelle avait été écrite.

 

Malgré ce que pourrait laisser penser le titre, et les regards inquiets autour de moi (Heu... ça va, toi, en ce moment ?) cet ouvrage est paradoxalement plein de joie de vivre, au travers de ce jeune garçon qui fait le désespoir de ses parents, propriétaires du magasin. A toute situation, il ne voit que le bon côté, et perturbe cette famille qui a fait du pessimisme son fonds de commerce, et du suicide, un art de vivre de mourir. Car il faut voir qu'elle inventivité ils développent pour leurs clients et avec quelle passion Mishima défend par exemple le kit seppuku - sabre court et kimono (orné d'une croix rouge pour mieux viser).

 

Il est vrai que cet ouvrage peut paraître pessimiste de prime abord, mais il est doté d'un délicieux humour noir, qui m'a fait penser à cette sensation transgressive que j'avais d'aimer la Famille Addams, lorsque j'étais enfant. Car outre les valeurs inversées, qui sont leur normalité à eux, on retrouve tous les éléments d'une vie de famille, et les mêmes accrochages que dans toutes - même si les raisons en sont différentes. Avec le changement progressif qui s'y opère, à mesure que la joie de vivre d'Alan contamine tout son entourage, on pourrait craindre que l'ensemble de l'ouvrage ne devienne trop convenu, mais ce serait sans compter sur l'auteur, qui nous réserve des surprises jusqu'à la dernière ligne. Littéralement.

 

Certaines personnes resteront certainement hermétiques à cette histoire, et je ne saurais les en blâmer tant le sujet est difficile. Pour ma part, j'ai beaucoup aimé ce petit ouvrage décomplexé, sombre et lumineux à la fois, qui ose l'humour noir en forme de fable  philosophique.

- Alan!... Combien de fois faudra-t-il te le répéter ? On ne dit pas "au revoir" aux clients qui sortent de chez nous. On leur dit "adieu" puisqu'ils ne reviendront jamais. Est-ce que tu vas finir par comprendre ça ?

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