Yves Saint Laurent ***

Publié le 3 Janvier 2014

De Jalil Lespert

 

Paris, janvier 1958. Yves Saint Laurent, 21 ans, vient de succéder à Christian Dior et présente sa première collection pour Dior. Ce jour-là, il rencontre un énorme succès en même temps que Pierre Bergé, patron des arts qui deviendra l'amour de sa vie et son partenaire d'affaires. Ils ne se quitteront jamais. Trois ans après, ils créent la compagnie Yves Saint Laurent, qui deviendra l'une des plus célèbres marques dans le milieu de la mode et du luxe.

 

 

 

 

Je n'y connais rien à la mode, ni aux créateurs. Bien sûr, j'apprécie d'acheter de jolies choses, mais qu'un vêtement soit à la mode ou non m'importe peu : il plaît ou il est seyant, point. Autant dire que pour moi, Yves Saint Laurent était un créateur comme un autre. Célèbre, certes, mais dans mon esprit, classique. Du personnage en lui-même, je ne savais pas grand-chose non plus, si ce n'est qu'il vivait avec Pierre Bergé, et qu'une fondation portait leurs deux noms. Bref, je suis allé voir ce film sans idée préconçue.

 

A voir Pierre Niney descendre en sautillant les marches de la salle de cinéma pour ouvrir cette avant-première en compagnie du réalisateur, on a du mal à imaginer que ce jeune homme de 24 ans, pourtant déjà pensionnaire de la Comédie française, est le même que nous découvrons, quelques minutes plus tard, sous les traits d'Yves Saint Laurent : la démarche, les gestes, la voix. Il est métamorphosé. Moins spectaculaire, mais tout aussi juste, son collègue sociétaire Guillaume Galienne prouve une fois encore qu'il sait moduler son jeu à l'infini : il nous livre ici une interprétation aussi sobre qu'émouvante.

 

Le scénario, quant à lui, s'articule autour de la relation entre les deux hommes, de cet amour inconditionnel qui va les lier jusqu'à la fin, malgré les écarts et les moments difficiles. Saint-Laurent, créateur torturé et instable, et Bergé, qui va tenter de le protéger à tout prix, y compris de lui-même lorsque le couturier s'enfonce dans la dépression et la drogue. Qu'il s'agisse de deux hommes importe finalement peu.

 

Jalil Lespert évite donc judicieusement l'écueil pourtant tentant du sulfureux pour privilégier une approche plus universelle : celle d'un couple ordinaire. Le réalisateur pêche en revanche par envie de trop bien faire et son film souffre de quelques longueurs, renforcées par une réalisation très classique.

 

Par son refus de la polémique inutile, cette oeuvre s'impose donc comme un biopic émouvant, sur les fragilités d'un homme de talent et la force de celui qui l'a révélé et toujours soutenu. Son rythme a beau retomber à mi-parcours, on n'en finit pas d'admirer l'impeccable interprétation de Pierre Niney et Guillaume Gallienne, qui redonnent vie à ce couple mythique.

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