Museum connection ***

Publié le 15 Janvier 2014

D'Emmanuel Pierrat et Jean-Marie de Silguy

Aux éditions First

 

La France se vante de millions d'oeuvres cachées. Elles ne le sont plus : elles se sont envolées vers le marché de l'art. Du Louvre au Centre Pompidou, en passant par la musée de l'Homme ou le musée Guimet, la déperdition est considérable.

Les prédateurs sont au coeur de l'institution : le conservateur du département des manuscrits hébraïques à la BNF les revend aux enchères à New York; les vols sont parfois le fait de membres du personnel de gardiennage...

Ces pillards sont de mèche avec le marché, trop heureux de cette manne: collectionneurs privés, marchands, commissaires-priseurs peu regardants, experts douteux...

Mais la négligence a aussi sa part dans cette gabegie généralisée. Les sculptures disparaissent sans aucune réaction des autorités auxquelles elles appartiennent. Les amateurs inscrits dans les prestigieuses bibliothèques sont laissés sans surveillance et découpent en toute tranquillité les planches d'illustration d'un précieux volume...

 

 

J'ai toujours aimé l'art et les objets à valeur historique. J'aime arpenter les musées, même les plus poussiéreux, à la recherche d'inspiration, de surprises, d'oeuvres inconnues, ou pour le simple plaisir de la promenade. C'est pourquoi ce livre a attisé ma curiosité.

 

Je pensais, un peu naïvement sans doute, que si les musées ne pouvaient exposer toutes leurs oeuvres, faute de place, ils connaissaient tout de même l'étendue de leurs collections. Il s'avèrerait que non, ce qui explique la relative facilité avec laquelle de nombreux vols ont été commis. Faute d'inventaire exhaustif, comment savoir ? Quand ce n'est pas carrément un représentant de l'Etat qui quitte ses fonctions avec une oeuvre inscrite au mobilier national sous le bras ! Et les exemples semblent être plus nombreux  qu'on ne le pense, ou du moins, qu'on ne le sait...

 

Cet ouvrage recense les lacunes, les flous, le manque de moyens, tout ce qui permet à certains individus malhonnêtes d'escamoter des oeuvres pourtant protégées (du moins, en théorie). Il décrypte quelques affaires, pas forcément connues du grand public, et souligne la nécessité d'une prise de conscience collective de tous les acteurs de la chaîne, mais également du grand public sur ces questions de patrimoine.

 

Si la partie concernant les cas concrets m'a beaucoup plu, car elle propose un éventail d'exemples très différents, j'ai en revanche eu davantage de mal à me concentrer sur la fin de l'ouvrage, un peu plus technique, avec des éléments juridiques plus précis. Mais le droit n'est de toutes façons pas ma tasse de thé. Ceci explique donc naturellement cela.

 

Un ouvrage qui soulève des questions intéressantes sur la conservation du patrimoine en France, un domaine que l'on évoque finalement assez rarement. Et c'est d'ailleurs peut-être là que réside tout le fond du problème...

On ne connaît pas avec précision le nombre d'oeuvres volées chaque année dans les collections publiques françaises. Sans doute parce que, au coeur d'établissements gigantesques, beaucoup de "disparitions" demeurent insoupçonnées ou sont encore tues par les directions en place lors de leur découverte.
S'ajoute à cela une confusion des chiffres entre les véritables vols, les manques inexpliqués et les dégradations en tout genre.
De plus, isoler statistiquement la déperdition au sein des collections publiques françaises nécessiterait de procéder à un distinguo parfois subtil entre les oeuvres prêtées en dépôt, ou de pleine propriété, sans compter les différences de valeur entre un exemplaire de la revue pour enfants "Fripounet" non restitué à la bibliothèque municipale et la sortie illégale d'un vase étrusque, toutes deux rangées dans la même case juridico-administrative...

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FT 13/02/2014 18:33

Bonjour Akialam! Je suis moi aussi un grand habitué des musées, et il y a longtemps des bibliothèques pour consulter des ouvrages surtout des 18 et 19e, et je suis effaré de lire ton article! Je savais plus ou moins que des oeuvres se retrouvaient à l'autre bout du monde ou dans des ventes privées douteuses, mais à cette échelle et sans que l'Etat réagisse, je ne comprends pas! Certes le budget du ministère de la culture ne permet déjà pas d'assurer l'essentiel, mais ce livre soulève de drôles de questions...Mais si la Joconde est à l'abri, c'est déjà ça! A bientôt Akialam!

akialam 13/02/2014 18:56

Et a priori, ce n'est même pas uniquement une histoire de budget. Surtout une question de prise de conscience !