Masculin/masculin ***

Publié le 9 Novembre 2013

 

Au musée d'Orsay jusqu'au 2 janvier 2014

 

Si le nu est courant dans l'art, on l'imagine essentiellement féminin. C'est pourquoi le propos de cette exposition était aussi rare qu'intrigant. Elle s'offre au regard du visiteur en mettant en avant l'idée suivante : le nu n'est pas la nudité. En d'autres termes, elle souligne l'importance du filtre artistique dans cette différenciation. Le parcours proposé est thématique : nu antique, nu héroïque, nu sportif (avec sa dimension hygiéniste), nu torturé et enfin le nu dans sa version homoérotique.

 

Cette scénographie en théorie pas plus mauvaise qu'une autre est ici pour le moins curieuse, car l'agencement des oeuvres proposées semble ne pas correspondre à ce propos thématique : certaines appartiennent à plusieurs catégories à la fois, ou ne semblent pas s'inscrire dans la catégorie dans laquelle elles sont présentées. Par exemple, le nu antique inclus des oeuvres montrant des héros, d'où une impression de redondance avec la deuxième partie de l'exposition, tandis que certaines oeuvres d'Egon Schiele, présentées dans la partie sportif/hygiéniste y semblent hors-sujet. D'autre part, parmi les oeuvres contemporaines, on retrouve une prédominance de certains artistes :  si j'apprécie le travail de Pierre et Gilles - bien que je le trouve inégal - il n'était sans doute pas nécessaire de présenter autant de leurs oeuvres, quand tant d'autres photographes et artistes ont également travaillé sur le sujet.

 

Il n'y a pas de mal, bien au contraire, à vouloir confronter des oeuvres modernes et  anciennes, mais peut-être eut-il fallu les rapprocher par thème iconographique : les nombreuses représentations d'Hermès ou d'Hercule par exemple, auraient bien valu une mise en avant pour comprendre l'évolution chronologique de cette représentation d'un même personnage et de son corps. En somme, on a l'impression que l'on a réuni ici des oeuvres autour d'un thème central, sans vraiment se préoccuper de la cohérence du parcours du visiteur.

 

Une exposition, c'est d'abord une scénographie, un parcours pédagogique illustré ensuite seulement par des objets.  Bien sûr, plus les objets sont beaux ou surprenants, plus cette illustration sera vive, mais la qualité des objets ne peut pas, à mon sens, remplacer cette réflexion de fond. Entre le nu et la nudité, que l'on nous invitait à dissocier au départ, il y a le filtre artistique. Entre un simple accrochage de tableaux et une exposition, il y a le filtre pédagogique. Paradoxalement, alors qu'elle se veut orienter le spectateur vers une réflexion sur l'aspect artistique de la représentation du corps masculin, cette exposition devient presque racoleuse par son absence de pédagogie. Dommage.

 

A aller voir uniquement pour admirer les oeuvres présentées. Individuellement.

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