Concerts de l'improbable : La nuit des morts-vivants *****

Publié le 5 Novembre 2013

Par Jean-François Zygel

au théâtre du Châtelet

 

Avec Jean-François Zygel comme guide, nous étions partis l'an dernier à la découverte de Tchaikovski et de Dvořák à l'occasions d'excellents concerts de l'improbable au théâtre du Châtelet. Cette saison, ces rendez-vous se font thématiques, sans perdre de leur charme. C'est donc la nuit des morts-vivants qui ouvre le bal, forcément macabre.

 

Accueillis par une horde de morts-vivants, nous sommes invités à pénétrer dans le hall du théâtre du Châtelet où trône le char du collectif système Paprika et la reine de cette lugubre troupe. Alors qu'elle entonne la célèbre Cold song de Purcell - célébrissime même, mais dont il m'a fallu laborieusement rechercher le titre - sa voix sombre fait frissonner le public. A l'étage, c'est le groupe Palace of mirrors qui entonne des airs connus, adaptés dans une version jazz et lugubre pour l'occasion : du classique zombifié, en quelque sorte.

 

Le plat de résistance de cette soirée, à savoir le concert pédagogique en lui-même, nous précipite dans les Enfers. C'est là, qu'après avoir passé une nuit sur le mont chauve, nous sommes plongés au coeur de l'apocalypse avec le Dies Irae du Requiem de Mozart. Nous avons ensuite rendez-vous avec le diable, mais pas avec n'importe lequel : Méphistophélès, vu par Gounod. Poursuivant notre voyage de l'autre côté de la méditerranée, nous apercevons ensuite les Djinns. Ceux d'Hugo, bien sûr, mais mis en musique par Fauré. Une rencontre avec le Roi des aulnes et une épitaphe romaine plus loin, nous fondons sept balles maudites en compagnie du Freischütz de Weber, sous le regard du démon Samiel. Et nous ne sommes pas au bout de nos surprises : une promenade nocturne dans un cimetière avec Saint Saëns nous rend témoins d'une très belle Danse macabre avant de nous entraîner vers l'art du grand guignol, forcément étrange. Enfin (déjà!), c'est après une dernière étape à La grotte du roi des Trolls que nous achevons notre visite des Enfers, dirigés vers la sortie par un Orphée inspirateur de Gluck et d'Offenbach.

 

La soirée se poursuit ensuite au foyer Nijinski - et sa vue splendide sur Paris - où se tient un cabaret satanique auquel, une fois n'est pas coutume, je n'adhère pas. A mes oreilles, il sonne comme quelque chose d'expérimental : étonnant, mais pas vraiment agréable à entendre. Dans le Grand foyer en revanche, Palace of Mirrors et la Caravane Fantôme du collectif système paprika s'associent pour proposer un grand bal macabre, et invitent les spectateurs à se joindre à eux. Très sympathique et bon enfant.

 

La soirée est ponctuée d'improvisations et de compositions du maître de ce sabbat pas comme les autres, Jean-François Zygel. J'ai déjà dit tout le bien que je pensais de ses concerts, et je ne pourrai pousser la dithyrambe plus loin sans me répéter. Toutefois, sa capacité à décloisonner la musique classique, à la décrypter pour nous et, finalement, à montrer qu'elle est tout sauf ennuyeuse me surprend à chaque fois. Je n'ai qu'une chose à dire : vous pouvez y aller les yeux fermés !

 

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