Richard III ***

Publié le 27 Octobre 2013

De William Shakespeare

Au théâtre du Nord Ouest jusqu'à mars 2014

Mise en scène d'Olivier Bruaux

 

Si Shakespeare compte parmi mes auteurs préférés, je dois avouer qu'il y a bien longtemps que je n'ai plus parcouru ses oeuvres. J'ai donc lu Richard III il y a plusieurs années, et ne me souvenais plus de l'intrigue en allant voir ce spectacle. Peu m'importait, à vrai dire. J'aime parfois me donner la chance de redécouvrir complètement une oeuvre.

 

Tout d'abord cette affiche, avec le véritable crâne de Richard III, récemment authentifié, me plaît, car elle ancre la pièce dans une certaine réalité. Comme si l'oeuvre ici présentée n'était pas une oeuvre de fiction, chose tout à fait cohérente puisqu'elle met en scène des personnages historiques.

 

Le spectateur pénétre dans la salle par le fond de scène, à travers une grande porte à double battant, comme une invitation non à venir simplement assister au drame qui va s'y jouer, mais plutôt à y prendre part, comme témoin. L'entrée en scène de Richard, qui n'est encore que Gloucester, confère une certaine solennité au début de cette pièce, qui va se diffuser sur la longueur de son premier monologue et bien après.

 

Shakespeare est, si vous me permettez la comparaison avec l'opéra, un peu comme Verdi: tellement populaire et tellement célèbre qu'on le croirait facile. Or, comme la musique de Verdi, bien plus complexe qu'elle en a l'air de prime abord, le texte de Shakespeare est particulièrement difficile à dire. Peut être parce qu'il est un peu ancien, peut-être parce qu'il n'offre pas la musique des alexandrins qui structure plus aisément un vers, peut-être parce qu'on ne peut y céder à la facilité sous peine de le rendre  incompréhensible. Pour toutes ces raisons, réussir à rendre le texte audible est, déjà en soi, une réelle performance que tous les acteurs ici nous livrent.

 

Le texte seul ne suffisant bien évidemment pas, il faut également y ajouter la difficulté du jeu, particulièrement avec un texte ancien, où intentions comme intonations sont bien plus complexes à trouver pour transmettre l'émotion au spectateur moderne qui parle un langage différent. C'est cette difficulté que les comédiens surmontent ici de façon inégale : la plupart le font brillamment, quelques autres avec difficulté, rares mais d'autant plus visibles par contraste, trop concentrés sur leur diction pour réussir à insuffler l'état d'esprit de leur personnage. Mais peut-être simplement est-ce le problème d'un soir. Avec le spectacle vivant, on ne sait jamais trop.

 

Dans son ensemble cependant, cette production joue la carte de la sobriété et tire parti de la structure particulière de la scène pour créer des espaces d'intimité, et ainsi mettre en valeur le texte de Shakespeare et le jeu de ses interprètes. Par manque de comédiens ou par choix, le nombre de personnages a été réduit, et c'est tant mieux, concentrant une fois de plus l'attention sur le coeur du drame.

 

Pour résumer, voici donc une production dotée d'une mise en scène classique et sobre, et de comédiens pour la plupart parfaitement à la hauteur. De quoi redécouvrir cette oeuvre si sombre avec grand plaisir !

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