Terre violente ***

Publié le 29 Septembre 2013

De Jacqueline Sénès

aux éditions Hachette

 

En Nouvelle-Calédonie, la terre s'est toujours payée du prix du sang. Héléna, petite-fille d'Irlandais émigrés au XIXe siècle, voit sa grand-mère décapitée par les Canaques. Plus tard, avec John, son mari, il lui faut défendre la "station " qu'ils ont défrichée sous le regard méfiant des tribus. Livrés à une nature sensuelle et violente qui tantôt les charrie dans le courant d'une hostilité meurtrière, tantôt les berce dans une douceur maternelle, leurs sens et leurs jouissances appartiennent à la terre. Ils vont vivre, sur trois générations, l'âpre histoire de la Nouvelle-Calédonie. A travers famines et épidémies, amours et haines se déchaînent entre les êtres, les races, les éléments. Les relégués du pénitencier, les hommes et les femmes des tribus, les colons de toutes origines, primitifs ou visionnaires, parfois égarés ou alcooliques, sont les acteurs d'un drame dont Héléna, la " station ", les tribus et la Calédonie toute entière sont les victimes. Perdue au milieu du Pacifique, l'île distille pourtant ses envoûtements...

 

C'est en préparant notre récent voyage en Nouvelle-Calédonie que l'on m'a conseillé de me plonger dans ce roman qui retrace une partie de l'histoire coloniale du "Caillou". Si l'ouvrage se laisse lire sans difficulté, j'ai en revanche assez peu adhéré au style de l'auteur, certains passages me paraissant inutilement chargés. En revanche, et afin de développer correctement ses personnages, cette saga familiale aurait sans doute mérité plusieurs tomes - un par génération - structure qui aurait également permis d'éviter les ellipses nombreuses, parfois même maladroites en cours de récit, qui restituent mal la durée sur laquelle se déroule l'action.

 

En revanche, ce qui est à mon sens plus intéressant, particulièrement lorsqu'on découvre cette terre en même temps que l'ouvrage - ce qui fut mon cas - c'est qu'il retrace l'histoire coloniale de la Nouvelle-Calédonie, dans tous ses aspects majeurs. On y retrouve des évènements historiques, comme les deux guerres mondiales, mais aussi d'autres choses, plus emblématiques du territoire : le bagne, les colons Feillet, le nickel, les révoltes kanaks etc. Un excellent moyen pour nous, touristes, de "fixer" dans leur contexte les choses que nous découvrions au fur et à mesure de notre voyage.

 

Un ouvrage intéressant pour le contenu culturel et historique qu'il met en scène, bien plus que par l'attrait de son écriture, qui verse parfois dans le pseudo poétique vide d'émotion à force de trop vouloir décrire.

Héléna connaissait le prix de l'aube. C'est pourquoi elle s'efforçait de rester éveillée une fois son mari hors du lit. En bon stockman, cavalier de la brousse, John, debout dès quatre heures, sautait en selle sans attendre. A la torche, il vérifiait les barrières de la station, dégageait les chèvres qui s'y étaient prises, désembourbait une tête de bétail affolée par les touffes de chiendent sous les roseaux et levait les yeux vers le ciel. Lui aussi guettait le jour. La saison avait été torride.

En un éclair le soleil frappa le ruisseau asséché. Les chevaux frémirent. Ils erraient le plus souvent en liberté hors du pré, la crinière immobile à cause de la torpeur de l'air, écrasant à lentes foulées des graminées pointant sur un terrain nettoyé par le feu. Sensitives et verveine bleue.

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